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DICTIONNAIRE

I M F E R \ A L

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DICTIONNAIRE

INFERNAL

RÉPERTOIRE UNIVERSEL

DES ÊTRES , DES PERSONNAGES, DES LIVRES, DES FAITS ET DES CHOSES QUI TIENNENT AUX ESPRITS, AUX DÉMONS, AUX SORCIERS, AU COMMERCE DE L'ENFER, AUX DIVINATIONS, AUX MALÉFICES, A LA CABALE ET AUX AUTRES SCIENCES OCCULTES, AUX PRODIGES, AUX IMPOSTURES, AUX SUPERSTITIONS DIVERSES ET AUX PRONOSTICS, AUX FAITS ACTUELS DU SPIRITISME, ET GÉNÉRALEMENT A TOUTES LES FAUSSES CROYANCES MERVEILLEUSES, SURPRENANTES, MYSTÉRIEUSES ET SURNATURELLES;

PAR J: COLLIN DE PL ANC Y.

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SIXIÈME ÉDITION, AUGMENTÉE DE 800 ARTICLES NOUVEAUX ,

ET ILLUSTRÉE DE 550 GRAVURES, PARMI LESQUELLES LES PORTRAITS DE 72 DÉMOXS, DESSINÉS PAR M. L. BRETON, D'APRÈS LES DOCUMENTS FORMELS.

PARIS

HENRI PLOX, IMPRIMEUR-ÉDITEUR,

RUE GARANCIÈRK, 8 1863

1961

PPxÉFACE.

L'immense réunion de matières, toutes adhérentes par quelque point, que comprend le Dictionnaire infernal, forme un tel pandœmonium d'aberrations et de germes ou de causes d'erreurs, qui côtoient presque toujours la vérité, qu'il n'y a que l'Église, dont le flambeau ne pâlit jamais, qui puisse être, en ces excentricités, un guide sûr. Les ouyrages qui, avant ce livre, ont traité de ces matières si variées, et qui sont dans chaque spécialité extrêmement nombreux, ne sont généralement, à peu d'exceptions près, que d'indigestes amas d'idées extravagantes, ou d'incomplètes compilations, ou d'interminables discussions désordonnées, ou de mauvais livres dans tous les sens de ce mot. Le lecteur qui veut un peu connaître ce mystérieux dédale des croyances fausses ou dénaturées, et faire la collection des ouvrages rares et recherchés,, mais très-peu lus, dont elles sont le sujet, doit, pour cela, dépenser de grandes sommes, consacrer des années à ces recherches, et hasarder sa foi en plusieurs cas. Tous ces frais, toute cette peine et ce péril seront épargnés par cette nouvelle édition du Dictionnaire infernal.

Nous disons « cette nouvelle édition, » parce que, dans les deux premières, publiées en 1818 et en 1825, l'auteur, en combattant l'énorme phalange des erreurs populaires et des impostures mystérieuses, est tombé lui-même dans des égarements non moins funestes. Il cherchait alors la vérité hors de son centre; au lieu de s'appuyer sur l'Église, elle siège toujours inaltérable, il s'était ébloui aux lueurs d'une philosophie orgueil- leuse et sans autorité, dont les enseignements pris d'en bas égareront longtemps encore les esprits frivoles. Entraîné trop longtemps, il eut, en 1841, l'insigne bonheur de sortir des steppes la lumière lui manquait et de la retrouver dans les seules doctrines elle est indéfectible et toujours sûre. Il a donc entièrement refondu ses travaux, en recon- naissant que les superstitions, les folles croyances, les sciences et les pratiques occultes, insurrections plus ou moins tacites contre la religion, ne sont venues que des déserteurs de la foi, ou par l'hérésie, ou par le schisme, ou par des voies moins déterminées.

Tout homme qui étudiera l'histoire avec des intentions droites reconnaîtra que l'Église a constamment lutté contre les superstitions et les fourberies infernales ; qu'elle n'a jamais cessé de répandre la lumière sur les fausses croyances, sur les folles terreurs et sur les pratiques périlleuses des docteurs en sciences secrètes.

Pour ne citer que quelques témoignages, saint Augustin dit que les superstitions sont l'opprobre du genre humain. Origène les condamne avec plus de force que les encyclo- pédistes, et surtout avec plus de poids. Le pape Léon X notait d'infamie ceux qui se livraient aux divinations et autres pratiques superstitieuses. Le quatrième concile de Garthage les exclut de l'assemblée des fidèles. Le concile provincial tenu à Toulouse en 1590 ordonne aux confesseurs et aux prédicateurs de déraciner, par de fréquentes exhor- tations et par des raisons solides, les pratiques superstitieuses que l'ignorance a introduites dans la religion. Le concile de Trente, après avoir condamné ces diverses erreurs, enjoint formellement aux évêques de défendre aux fidèles tout ce qui peut les porter à la super- stition et scandaliser le prochain.

Nous réunirions au besoin mille témoignages pareils. Contentons-nous d'ajouter, sans craindre un démenti de quelque poids, que l'Église a seule les moyens et les grâces nécessaires pour dissiper ces égarements si souvent dangereux et toujours abominables.

VIII

Ce qui peut-cire n'a pas été remarqué suffisamment au milieu des clameurs intéressées des philosophes, c'est que les seuls hommes qui vivent exempts de superstitions sont les fidèles enfants de l'Église, parce qu'eux seuls possèdent la vérité. Les douteurs, au contraire, semblent tous justifier cette grande parole, que ceux qui se séparent de Dieu ont l'esprit fourvoyé; car, parmi eux, les plus incrédules sont aussi les plus superstitieux. Ils repoussent les dogmes révélés, et ils croient aux revenants; ils ont peur du nombre 13; ils ont un préjugé contre le vendredi; ils recherchent l'explication des songes; ils consultent les tireuses de cartes; ils étudient l'avenir dans des combinaisons de chiffres; ils redoutent les présages. On a cité un savant de nos jours qui poursuit l'élixir de vie ; un mathématicien célèbre qui croit les éléments peuplés par les essences cabalistiques; un philosophe qui ne sait pas s'il croit à Dieu et qui exécute les cérémonies du grimoire pour faire venir le diable.

Ce livre donc reproduit les aspects les plus étranges des évolutions de l'esprit humain; il expose tout ce qui concerne les esprits, lutins, fées, génies, démons, spectres et fantômes, les sorciers et leurs maléfices, les prestiges des charmeurs, la nomenclature et les fonctions des démons et des magiciens, les traditions superstitieuses, les récits de faits surnaturels, les contes populaires. Il ouvre les cent portes fantasliques de l'avenir, par la définition claire des divinations, depuis la chiromancie des bohémiens jusqu'à l'art de prédire par le marc de café ou le jeu de cartes. L'astrologie, l'alchimie, la cabale, la phrénologie, le magnétisme, ont leur place en des notices qui résument par quelques pages de longs et lourds in-folio. Enfin, le spiritisme, les tables parlantes et les progrès du magnétisme se trouvent dans ces pages. Depuis quarante-cinq ans, l'auteur n'a cessé d'agrandir ce patient travail, en poursuivant ses recherches dans des milliers de volumes. Avant lui, personne n'avait songé à réunir en un seul corps d'ouvrage toutes les variétés que rassemble le Dictionnaire infernal; et nul ne peut, nier l'utilité de celte entreprise.

Les superstitions et les erreurs ont toujours pour fondement une vérité obscurcie, altérée ou trahie; les éclairer, c'est les combattre. Si on les groupe, elles font saillie, et leurs difformités se révèlent. Ainsi, peu à peu, on produit la lumière dans ces pauvres intelligences qui refusent de s'élever jusqu'aux mystères sublimes de la foi, et qui s'abaissent à croire fermement les plus grossières impostures. On donne aussi des armes aux amis de la vérité, pour confondre les déceptions auxquelles se soumettent des esprits qui se croient supérieurs, parce qu'ils ne sentent pas leur faiblesse.

Par-dessus ces avantages, on a voulu satisfaire le goût de notre époque, qui exige des lectures piquantes, et, les sujets aidant, on a pu lui offrir très-fréquemment ces excentri- cités, ces singularités, cet imprévu et ces émotions dont il est si avide.

L'auteur de cette sixième édition, en la revoyant avec grand soin, l'a augmentée de 800 articles; et l'éditeur l'a illustrée de 550 gravures, parmi lesquelles 72 portraits de démons, dessinés, d'après les documents de Wierus et des plus curieux démonographes, par M. L. Breton.

LA DANSE DES FÉES.

DICTIONNAIRE INFERNAL.

A

Àaron, magicien du Bas-Empire, qui vivait ]

du temps de l'empereur Manuel Comnène. On 1

conte qu'il possédait les Clavicules de Salomon , I

qu'au moyen de ce livre il avait à ses ordres des 1

légions de démons et se mêlait de nécromancie. <

On lui fit crever les yeux; après quoi on lui i

coupa la langue , et ce ne fut pas une victime

de quelque fanatisme ; on le condamna comme ]

bandit : on avait trouvé chez lui , entre autres i

abominations , un cadavre qui avait les pieds en- <

chaînés et le cœur percé d'un clou. (Nicétas, i

Annales, liv. IV.) 1

Abaddon , le destructeur ; chef des démons de ]

la septième hiérarchie. C'est quelquefois le nom i

de l'ange exterminateur dans l'Apocalypse. i

Abadie (Jeannette d'), jeune fille du village :

de Siboure ou Siboro , en Gascogne. Delancre ,

dans son Tableau de l'inconstance des démons , ;

raconte que Jeannette d'Abadie , dormant , un <

dimanche (le 13 septembre 1609), pendant la : sainte messe , un démon profita du moment et

l'emporta au sabbat (quoiqu'on ne fît le sabbat ni \

le dimanche ni aux heures des saints offices, temps les démons ont peu de joie). Elle trouva au sabbat grande compagnie , vit que ce- lui qui présidait avait à la tête deux visages, comme Janus, remarqua des crapauds royale- ment vêtus et très-honorés, et fut scandalisée des débauches auxquelles se livraient les sorcières. Du reste, elle ne fit rien de criminel et fut re- mise à son logis par le même moyen de transport qui l'avait emmenée. Elle se réveilla alors et ra- massa une petite relique que le diable avait eu la précaution d'ôter de son cou avant de l'em- porter. Il paraît que le bon curé à qui elle con- fessa son aventure lui fit comprendre en vain les dangers qu'elle avait courus; elle retourna au sabbat et y fit sans scrupule tout ce que Satan ou ses représentants lui conseillaient de faire , se disant à elle-même qu'en faisant le mal pres- crit elle n'en était pas responsable. Voy. Sabbat, Balcoin, Loups-garous, etc.

Abalam, prince de l'enfer, très-peu connu. Il est de la suite de Paymon. Voy, ce mot.

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ABA

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Abano. Voy. Pierre d'Apone.

Abaris , grand prêtre d'Apollon , qui lui donna une flèche d'or sur laquelle il chevauchait par les airs avec la rapidité d'un oiseau; ce qui a fait que les Grecs l'ont appelé YAérobate. Il fut, dit-on, maître de Pythagore, qui lui vola sa flèche , dans laquelle on doit voir quelque allégo- rie. On ajoute qu' Abaris prédisait l'avenir, qu'il apaisait les orages, qu'il chassait la peste; on conte même que , par ses sciences magiques , il avait trouvé l'art de vivre sans boire ni manger. Avec les os de Pélops , il fabriqua une figure de Minerve , qu'il vendit aux Troyens comme un ta- lisman descendu du ciel : c'est le Palladium qui avait la réputation de rendre imprenable la ville il se trouvait.

Abdeel (Abraham), appelé communément Schoenewald (Beauchamp) , prédicateur à Custrin, dans la Marche de Brandebourg , fit imprimer à Than, en 1572, le Livre de la parole cachetée, dans lequel il a fait des calculs pour trouver qui est l'Antéchrist et à quelle époque il doit paraître. Cette méthode consiste à prendre au hasard un passage du prophète Daniel ou de l'Apocalypse , et à donner à chaque lettre , depuis a jusqu'à z, sa valeur numérique. A vaut 1 , b vaut 2 , c vaut 3 , et ainsi de suite. Abdeel déclare que l'Anté- christ est le pape Léon X. Ii trouve de la même manière les noms des trois anges par lesquels l'Antéchrist doit être découvert. Ces trois anges sont Huss, Luther et un certain Noé qui nous est inconnu.

Abd-el-Azys, astrologue arabe du dixième siècle , plus connu en Europe sous le nom d'Al- chabitius. Son Traité dJ 'astrologie judiciaire a été traduit en latin par Jean de Séville (Hispalensis). L'édition la plus recherchée de ce livre : Alcha- bitius, mm comment o } est celle de Venise , 1503, in-4° de 140 pages.

Abdias de Babylone. On attribue à un écri- vain de ce nom l'histoire du combat merveilleux que livra saint Pierre à Simon le Magicien. Le livre d' Abdias a été traduit par Julius Africanus , sous ce titre : Historia certaminis apostolici , 1566, in-8°.

Abeilard. Il est plus célèbre aujourd'hui par ses tragiques désordres que par ses ouvrages théologiques, dont les dangereuses erreurs lui attirèrent justement les censures de saint Ber- nard. Il mourut en 1142. Vingt ans après, Hé- loïse ayant été ensevelie dans la même tombe, on conte (mais c'est un pur conte) qu'à son ap- proche la cendre froide d' Abeilard se réchauffa tout à coup , et qu'il étendit les bras pour rece- voir celle qui avait été sa femme. Leurs restes étaient au Paraclet, dans une précieuse tombe gothique que l'on a transportée à Paris en 1799 , et qui est présentement au cimetière du Père- Lachaise.

Abeilles. C'était l'opinion de quelques démo-

nographes que si une sorcière, avant d'être prise, avait mangé la reine d'un essaim d'abeilles, ce cordial lui donnait la force de supporter la torture sans confesser 1 ; mais cette découverte n'a pas fait principe.

Dans certains cantons de la Bretagne , on pré- tend que les abeilles sont sensibles aux plaisirs comme aux peines de leurs maîtres , et qu'elles ne réussissent point, si on néglige de leur faire part des événements qui intéressent la maison. Ceux qui ont cette croyance ne manquent pas d'attacher à leurs ruches un morceau d'étoffe noire lorsqu'il y a une mort chez eux, et un morceau d'étoffe rouge lorsqu'il y a un mariage ou toute autre fête 2 .

Les Circassiens, dans leur religion mêlée de christianisme, de mahométisme et d'idolâtrie, honorent la Mère de Dieu sous le nom de Mé- rième ou de Melissa. Ils la regardent comme la patronne des abeilles , dont elle sauva la race en conservant dans sa manche une de leurs reines, un jour que le tonnerre menaçait d'exterminer tous les insectes. Les revenus que les Circassiens tirent de leurs ruches expliquent leur reconnais- sance pour le bienfait qui les leur a préservées.

Solin a écrit que les abeilles ne peuvent .pas vivre en Irlande; que celles qu'on y amène y meurent tout à coup ; et que si l'on porte de la terre de cette île dans un autre pays et qu'on la répande autour des ruches, les abeilles sont forcées d'abandonner :1a place , parce que cette terre leur est mortelle. On lit la même chose dans les Origines d'Isidore. « Faut-il examiner, | ajoute le père Lebrun dans son Histoire critique ; des superstitions , d'où peut venir cette malignité de la terre d'Irlande? Non, car il suffit de dire que c'est une bourde , et qu'on trouve en Irlande ! beaucoup d'abeilles. ».

Abel, fils d'Adam. Des docteurs musulmans disent qu'il avait quarante-huit pieds de haut. Il se peut qu'ils aient raisonné d'après un tertre long de cinquante-cinq pieds, que l'on montre au- près de Damas , et qu'on nomme la tombe d'Abel.

Les rabbins ont écrit beaucoup sur Abel. Ils lui attribuent un livre d'astrologie judiciaire qui lui aurait été révélé et qu'il aurait renfermé dans une pierre. Après le déluge , Hermès-Trismégiste le trouva : il y apprit l'art de faire des talismans sous l'influence des constellations. Ce livre est intitulé Liber de virtutibus planetarum et de omnibus rerum mundanarum virtutibus. Voy. le traité De essentiis essentiarum , qu'on décore faussement du nom de saint Thomas d'Aquin, pars IV, cap. n. Voy. les Légendes de l'Ancien Testament.

Abel de la Rue, dit le Casseur , savetier et mauvais coquin qui fut arrêté, en 1582, à Cou- lommiers, et brûlé comme sorcier, magicien,

1 Wierus, De prœstigiis, lib. VI, cap. vu.

2 Cambry, Voyage dans le Finistère, t. II, p. 16.

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noueur d'aiguillettes , et principalement comme | voleur et meurtrier. Voy. Ligatures. I

Aben-Ezra. Voy. Macha-Halla.

Aben-Ragel , astrologue arabe , à Cordoue au commencement du cinquième siècle. Il a laissé un livre d'horoscopes , d'après l'inspection des étoiles , traduit en latin sous le titre De judicus seufatis stcllarum, Venise, U85 ; rare. On dit que ses prédictions , quand il en faisait , se dis- tinguaient par une certitude très-estimable.

Abigor, démon d'un ordre supérieur, grand- duc dans la monarchie infernale. Soixante lé- gions marchent sous ses ordres *. Il se montre sous la figure d'un beau cavalier portant la lance,

l'étendard ou le sceptre; il répond habilement sur tout ce qui concerne les secrets de la guerre, sait l'avenir, et enseigne aux chefs les moyens de se faire aimer des soldats.

Abîme, et plus correctement abysmè. C'est le nom qui est donné, dans l'Écriture sainte, à l'enfer, au chaos ténébreux qui précéda la création.

Abominations. Voy. Sabbat.

Abou-Ryhan, autrement appelé Mohammed- ben-Ahmed, astrologue arabe, mort en 330. Il passe pour avoir possédé à un haut degré le don de prédire les choses futures. On lui doit une introduction à l'astrologie judiciaire.

Aboyeurs. Il y a en Bretagne et dans quel- ques autres contrées des hommes et des femmes affectés d'un certain délire inexpliqué, pen- dant lequel ils aboient absolument comme des chiens. Quelques-uns parlent à travers leurs aboiements , d'autres aboient et ne parlent plus. Le docteur Ghampouillon a essayé d'expliquer ce terrible phénomène, en l'attribuant aux suites d'une frayeur violente. Il cite un jeune conscrit de la classe de 1853 qui, appelé devant le' con- seil de révision, réclama son exemption pour

1 Wierus, in Pseudomonarchia dœm., etc.

cause d'aboiement; il racontait qu'étant mousse à bord d'un caboteur, il avait été précipité à la mer par un coup de vent; l'épouvante l'avait frappé d'un tel anéantissement, qu'il n'en était sorti que pour subir des suffocations qui l'empê- chèrent de parler pendant une semaine. Lorsque la parole lui revint, elle s'entrecoupa à chaque phrase de cris véhéments, remplacés bientôt par des aboiements saccadés qui duraient quel- ques secondes. Ces spasmes furent reconnus bien réels , et le conscrit fut réformé.

Mais il y a en Bretagne des aboyeuses qui ap- portent en naissant cette affreuse infirmité im- plantée dans quelques familles. Les bonnes gens voient un maléfice , et nous ne savons comment expliquer une si triste misère.

Nous pourrions citer un homme qui, dans l'agonie qui précéda sa mort, agonie qui dura trois jours, ne s'exprima que par des aboiements et ne put retrouver d'autre langage. Mais celui-là, dans la profanation des églises, en 1793, avait enfermé son chien dans un tabernacle.

Nous connaissons aussi une famille le père et la mère devenus muets , nous ne savons par quelle cause ni pour quelle cause, n'ont que des enfants muets. Ainsi les frères et les sœurs ne poussent que des cris inarticulés et ne s'entendent pas autrement pour les plus urgents besoins de la vie.

Abracadabra. Avec ce mot d'enchantement, qui est très-célèbre , on faisait , surtout en Perse et en Syrie, une figure magique à laquelle on attribuait le don de charmer diverses maladies et de guérir particulièrement la fièvre. Il ne fal- lait que porter autour du cou cette sorte de phi- lactère, écrit dans la disposition triangulaire que voici :

ABRACADABRA A B R A C A D A B R ABRACADAB A B R A C A D A A B R A C A B A BR AC A ABR AC AB R A ABR AB A

Abracax ou Abraxas, l'un des dieux de quelques théogonies asiatiques, du nom duquel on a tiré le philactère abracadabra. Abracax est représenté sur des amulettes avec une tête -de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. Les démonographes ont fait de lui un démon, qui a la tête d'un roi et pour pieds des serpents. Les basilidiens, hérétiques du deuxième siècle, voyaient en lui leur dieu suprême. Comme ils trouvaient que les sept lettres grecques dont ils formaient son nom -faisaient en grec le nombre 365, qui est celui des jours de l'année, ils pla- çaient sous ses ordres plusieurs génies qui prési- daient aux trois cent soixante-cinq deux, et

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auxquels ils attribuaient trois cent soixante-cinq vertus, une pour chaque jour. Les basilidiens di- saient encore que Jésus-Christ, Notre-Seigneur,

n'était qu'un fantôme bienveillant envoyé sur la terre par Abracax. Ils s'écartaient de la doctrine de leur chef.

Abraham. Tout le monde connaît l'histoire de ce saint patriarche, écrite dans les livres sacrés. Les rabbins et les musulmans l'ont chargée de beaucoup de traditions curieuses, que le lecteur peut trouver dans les Légendes de l'Ancien Tes- tament.

Les Orientaux voient dans Abraham un savant astrologue et un homme puissant en prodiges. Suidas et Isidore lui attribuent l'invention de l'al- phabet, qui est à Adam. Voxj. Gadmus.

Les rabbins font Abraham auteur d'un livre De l'explication des songes, livre que Joseph, disent-ils, avait étudié avant d'être vendu par ses frères. On met aussi sur son compte un ou- vrage intitulé Jetzirah, ou la Création, que plu- sieurs disent écrit par le rabbin Akiba. Voy. ce nom. Les Arabes possèdent ce livre cabalistique, qui traite de l'origine du monde : ils l'appellent le Sephcr. On dit que Vossius, qui raisonnait tout de travers là-dessus, s'étonnait de ne pas le voir dans les livres canoniques. Postel l'a traduit en latin : on l'a imprimé à Paris en 1552 ; à Mantoue en 1562, avec cinq commentaires; à Amsterdam en 1642. On y trouve de la magie et de l'astrolo- gie. — « C'est un ouvrage cabalistique très-ancien et très-célèbre, dit le docteur Rossi. Quelques-uns le croient composé par un écrivain antérieur au Talmud, dans lequel il en est fait mention. » Le titre de l'ouvrage porte le nom d'Abraham ; mais ajoutons qu'il y a aussi des opinions qui le croient écrit par Adam lui-même.

Abrahel, démon succube, connu par une aventure que raconte Nicolas Remy dans sa Dé- monolâtrie, et que voici : En l'année 1581, dans le village de Dalhem , au pays de Limbourg ,

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un méchant pâtre, nommé Pierron , conçut un amour violent pour une jeune fille de son voisi- nage. Or cet homme mauvais était marié ; il avait même de sa femme un petit garçon. Un jour qu'il élait occupé de la criminelle pensée de son amour, la jëune fille qu'il convoitait lui apparut dans la campagne : c'était un démon sous sa figure. Pier- ron lui découvrit sa passion ; la prétendue jeune fille promit d'y répondre , s'il se livrait à elle et s'il jurait de lui obéir en toutes choses. Le pâtre ne refusa rien, et son abominable amour fut ac- cueilli. — Peu de temps après, la jeune fille, ou le démon qui se faisait appeler Abrahel par son adorateur, lui demanda, comme gage d'attache- ment, qu'il lui sacrifiât son fils. Le pâtre reçut une pomme qu'il devait faire manger à l'cnfanl ;

l'enfant, ayant mordu dans la pomme, tomba mort aussitôt. Le désespoir de la mère fit tant d'effet sur 'Pierron, qu'il courut à la recherche d'Abrahel pour en obtenir réconfort. Le démon promit de rendre la vie à l'enfant, si le père vou- lait lui demander cette grâce à genoux, en lui rendant le culte d'adoration qui n'est qu'à Dieu. Le pâtre se mit à genoux, adora, et aussi- tôt l'enfant rouvrit les yeux. On le frictionna, on le réchauffa; il recommença à marcher et à par- ler. Il était le même qu'auparavant, mais plus maigre, plus hâve, plus défait, les yeux battus et enfoncés, les mouvements plus pesants. Au bout d'un an, le démon qui l'animait l'abandonna avec un grand bruit, et l'enfant tomba à la ren- verse...

Cette histoire décousue et incomplète se ter- mine par ces mots, dans la narration de Nicolas Remy: « Le corps de l'enfant, d'une puanteur insupportable, fut tiré avec un croc hors de la maison de son père et enterré dans un champ. » Il n'est plus question du démon succube ni du pâtre.

Absalon. On a écrit bien des choses supposées à propos de sa chevelure. Lepelletier, dans sa dissertation sur la grandeur de l'arche de Noé,. dit que toutes les fois qu'on coupait les cheveux d' Absalon, on lui en ôtait trente onces...

Abstinence. On prétend, comme nous l'avons dit, qu'Abaiïs ne mangeait pas et que les magi- ciens habiles peuvent s'abstenir de manger et de boire.

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Sans parler des jeûnes merveilleux dont il est fait mention dans la vie de quelques saints, Marie Pelet de Laval, femme du Hainaut, vécut trente- deux mois (du 6 novembre 1754 au 25 juin 1757) sans recevoir aucune nourriture, ni solide ni liquide. Anne Harley, d'Orival, près de Rouen, se soutint vingt-six ans en buvant seulement un peu de lait qu'elle vomissait quelques moments après l'avoir avalé. On citerait d'autres exemples.

Dans les idées des Orientaux , les génies ne se nourrissent que de fumées odorantes qui ne pro- duisent point de déjections.

Abundia, fée bienfaisante honorée en Thu- ringe comme protectrice. Elle visite les maisons , elle mange et boit avec ses compagnes ce qu'on leur a préparé , mais sans que rien des mets soit diminué par elles. Elles soignent les étables ; et on a des marques de leur passage par des gouttes de leurs cierges de cire jaune, qu'on re- marque sur la peau des animaux domestiques.

Acatriel, l'un des trois princes des bons dé- mons, dans la cabale juive , qui admet des démons de deux natures.

Acca-Laurentia , appelée aussi Lupa : la Louve, à cause de ses mœurs débordées, était mise au rang des divinités dans l'ancienne Rome, pour avoir adopté et nourri Romulus.

Accidents. Beaucoup d'accidents peu ordi- naires, mais naturels, auraient passé autrefois pour des sortilèges. Voici ce qu'on lisait dans un journal de 1841 : «Mademoiselle Adèle Mercier (des environs de Saint-Gilles) , occupée il y a peu de jours à arracher dans un champ des feuilles de mûrier, fut piquée au bas du cou par une grosse mouche qui, selon toute probabilité, venait de sucer le cadavre putréfié de quelque animal, et qui déposa dans l'incision faite par son dard une ou quelques gouttelettes du suc morbifique dont elle s'était repue. La douleur, d'abord extrême- ment vive, devint insupportable. Il fallut que mademoiselle Mercier fût reconduite chez elle et qu'elle se mît au lit. La partie piquée s'enfla pro- digieusement en peu de temps : l'enflure gagna. Atteinte d'une fièvre algide qui acquit le carac- tère le plus violent, malgré tous les soins qui lui furent prodigués, et quoique sa piqûre eût été cautérisée et alcalisée , mademoiselle Mercier mourut le lendemain , dans les souffrances les plus atroces. »

Le Journal du Rhône racontait ce qui suit en juin 1841 : « Un jeune paysan des environs de Bourgoin, qui voulait prendre un repas de cerises, commit l'imprudence, lundi dernier, de monter sur un cerisier que les chenilles avaient quitté après en avoir dévoré toutes les feuilles. Il y avait vingt minutes qu'il satisfaisait son caprice ou son appétit, lorsque presque instantanément il se sentit atteint d'une violente inflammation à la gorge. Le malheureux descendit en poussant péniblement ce cri : J'étouffe! /étouffe! Une demi-

heure après il était mort. On suppose que les che- nilles déposent dans cette saison sur les cerises qu'elles touchent une substance que l'œil dis- tingue à peine, mais qui n'en est pas moins un poison. C'est donc s'exposer que de manger ces fruits sans avoir pris la sage précaution de les laver. »

Accouchements. Chez les Grecs, les char- meuses retardaient un accouchement, un jour, une semaine et davantage, en se tenant les jambes croisées et les doigts entrelacés la porte de la pauvre femme prise des douleurs de l'en- fantement. Voy. Aétite.

Accouchements prodigieux. Torquemada, dans son Examèron, cite une femme qui mit au monde sept enfants à la fois , à Médina del Campo ; une autre femme de Salamanque qui en eut neuf d'une seule couche. Jean Pic de la Mirandole as- sure qu'une femme de son pays eut vingt enfants en deux grossesses , neuf dans l'une et onze dans l'autre. Voy. Irmentrude, Trazegnies, Imagina- tion. Torquemada parle aussi d'une Italienne qui mit au monde soixante-dix enfants à la fois; puis il rapporte, comme à l'abri du doute, ce que conte Albert le Grand, qu'une Allemande enfanta, d'une seule couche, cent cinquante enfants, tous enve- loppés dans une pellicule , grands comme le petit doigt et très-bien formés1.

Acham, démon que l'on conjure le jeudi. Voy. Conjurations.

Achamoth , esprit , ange ou éon du sexe fémi- nin, mère de Jéhovah, dans les stupides doctrines des valentiniens.

Acharai-Rioho , chef des enfers chez les Yakouts. Voy. Mang-taar.

Achéron, fleuve de douleur dont les eaux sont amères ; l'un des fleuves de l'enfer des païens. Dans des relations du moyen âge , l' Aché- ron est un monstre; dans la mythologie grecque, Achéron était un homme qui donna à boire aux Titans altérés; Jupiter l'en châtia en le changeant en fleuve et le jetant dans les enfers.

Achérusie, marais d'Égypte près d'Héliopo- lis. Les morts le traversaient dans une barque, lorsqu'ils avaient été jugés dignes des honneurs de la sépulture. Les ombres des morts enterrés dans le cimetière voisin erraient, disait-on, sur les bords de ce marais, que quelques géographes appellent un lac.

Achguaya-Xerac. Voy. Guayotta.

Achmet, devin arabe du neuvième siècle, au- teur d'un livre De l'interprétation des songes, suivant les doctrines de l'Orient. Le texte origi- nal de ce livre est perdu ; mais Rigault en a fait

1 Plusieurs de ces faits, s'ils sont bien authenti- ques, peuvent être des miracles. Une aventure plus prodigieuse , et qui est admise comme un châtiment miraculeux, a eu lieu en Hollande. Voyez, dans les Légendes des Vertus théologales : Les plats de Loos- duynen.

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imprimer la traduction grecque et latine à la suite de Y Onéirocritique d'Artémidore ; Paris, 1603, in-4°.

Aconce (Jacques) , curé apostat du diocèse de Trente , qui , poussé par la débauche , embrassa le protestantisme en 1557, et passa en Angle- terre. La reine Elisabeth lui fit une pension. Aussi il ne manqua pas de l'appeler diva Elisa- betha, en lui dédiant son livre Des stratagèmes de Satan*. Mais nous ne mentionnons ce livre ici qu'à cause de son titre : ce n'est pas un ouvrage de démonomanie, c'est une vile et détestable dia- tribe contre le Catholicisme.

Adalbert, hérétique qui fit du bruit dans les Gaules au huitième siècle; il est regardé par les uns comme un habile faiseur de miracles et par les autres comme un grand cabaliste. Il distri- buait les rognures de ses ongles et de ses che- veux, disant que c'étaient de puissants préserva- tifs; il contait qu'un ange, venu des extrémités du monde , lui avait apporté des reliques et des amulettes d'une sainteté prodigieuse. On dit même qu'il se consacra des autels à lui-même et qu'il se fit adorer. Il prétendait savoir l'avenir, lire dans la pensée et connaître la confession des pécheurs rien qu'en les regardant. Il montrait impudemment une lettre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, disant qu'elle lui avait été apportée par saint Michel. Baluze, dans son appendice aux Capitulaires des rois francs, a publié cette lettre, dont voici le titre : « Au nom de Dieu : Ici commence la lettre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est tom- bée à Jérusalem, et qui a été trouvée par l'ar- change saint Michel, lue et copiée par la main d'un prêtre nommé Jean, qui l'a envoyée à la ville de Jérémie à un autre prêtre , nommé Tala- sius ; et Talasius l'a envoyée en Arabie à un autre prêtre, nommé Léoban; et Léoban l'a envoyée à la ville de Betsamie, elle a été reçue par le prêtre Macarius, qui l'a renvoyée à la montagne du saint archange Michel ; et par le moyen d'un ange, la lettre est arrivée à la ville de Rome, au sépulcre de saint Pierre, sont les clefs du royaume des cieux; et les douze prêtres qui sont à Rome ont fait des veilles de trois jours, avec des jeûnes et des prières, jour et nuit, » etc. Et Adalbert enseignait à ses disciples une prière qui débutait ainsi :

« Seigneur, Dieu tout-puissant, père de Notre- Seigneur Jésus-Christ, Alpha et Oméga, qui êtes sur le trône souverain, sur les Chérubins et les Séraphins, sur l'ange Uriel, l'ange Raguel, l'ange Cabuel, l'ange Michel, sur l'ange Inias, l'ange Tabuas, l'ange Simiel et l'ange Sabaoth , je vous prie de m'accorder ce que je vais vous dire. »

C'était, comme on voit, très-ingénieux. Dans

1 De stratagematibus Satanœ in religionis negotio, per super stitionem , errorem, hœresim, odium, ca- lumniam, schisma, etc., lib. VIII. Bâle, 1565. Sou- vent réimprimé et traduit en plusieurs langues.

un fragment conservé des mémoires qu'il avait écrits sur sa vie, il raconte que sa mère, étant enceinte de lui, crut voir sortir de son côté droit un veau ; ce qui était , dit-il , le pronostic des grâces dont il fut comblé en naissant par le mi- nistère d'un ange. On arrêta le cours des extra- vagances de cet insensé en l'enfermant dans une prison, il mourut.

Adam, le premier homme. Sa chute devant les suggestions de Satan est un dogme de la reli- gion chrétienne.

Les Orientaux font d'Adam un géant déme- suré, haut d'une lieue; ils en font aussi un magi- cien, un cabaliste; les rabbins en font de plus un alchimiste et un écrivain. On a supposé un testament de lui ; et enfin les musulmans regret- tent toujours dix traités merveilleux que Dieu lui avait dictés

Adam (l'abbé). Il y eut un temps l'on voyait le diable en toutes choses et partout, et peut-être n'avait-on pas tort. Mais il nous sem- ble qu'on le voyait trop matériellement. Le bon et naïf Césaire d'Heisterbach a fait un livre d'his- toires prodigieuses le diable est la machine universelle; il se montre sans cesse et sous di- verses figures palpables. C'était surtout à l'épo- que où l'on s'occupait en France de l'extinction des templiers. Alors un certain abbé Adam, qui

gouvernait l'abbaye des Vaux-de-Cernay, au dio- cèse de Paris, avait l'esprit tellement frappé de l'idée que le diable le guettait, qu'il croyait le reconnaître à chaque pas sous des formes que

1 Voyez les légendes d'Adam , des préadamites et des génies, dans les Légendes de l'Ancien Testament.

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sans doute le diable n'a pas souvent imaginé de prendre. Un jour qu'il revenait de visiter une de ses petites métairies, accompagné d'un servi- teur aussi crédule que lui, l'abbé Adam racontait comment le diable l'avait harcelé dans son voyage. L'esprit malin s'était montré sons la figure d'un arbre blanc de frimas, qui semblait venir à lui. C'est singulier, dit un de ses amis; n'étiez -vous pas la proie de quelque illusion causée par la course de votre cheval ? Non , c'était Satan. Mon cheval s'en effraya; l'arbre pourtant passa au galop et disparut derrière nous, il laissait une certaine odeur qui pouvait bien être du soufre. - Odeur de brouillard, mar- motta l'autre.

Le diable repa- ^ ' "-■ - ~"

rut, et cette fois -"- -:.

c'était un cheva-

lier noir qui s:a- - - ^ ^- .

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étouffée. Pour- quoi m'attaques- tu? Il passa en- core, sans avoir l'air de s'occuper de nous. Mais il revint une troi- sième fois ayant la forme d'un homme grand et pauvre, avec un cou long et mai- gre. Je fermai les yeux et ne le re- vis que quelques instants plus tard sous le capuchon d'un petit moine. Je crois qu'il avait sous son froc une rondache dont il me menaçait. Mais , inter- rompit l'autre, ces apparitions ne pouvaient-elles pas être des voyageurs naturels? Comme si on ne savait pas s'y reconnaître ! comme si nous ne l'avions pas vu derechef sous la figure d'un pourceau, puis sous celle d'un âne, puis sous celle d'un tonneau qui roulait dans la campagne, puis enfin sous la forme d'une roue de charrette qui, si je ne me trompe, me renversa, sans tou- tefois me faire aucun mal! Après tant d'as- sauts, la route s'était achevée sans autres mal- encontres L Voy. Hallucinations.

Adamantins, médecin juif, qui se fit chré-

1 Robert Gaguin , Philipp.

Àdelites

tien à Constantinopîe , sous le règne de Con- stance, à qui il dédia ses deux livres sur la Physiocjnomonie ou l'art de juger les hommes par leur figure. Cet ouvrage , plein de contra- dictions et de rêveries, a été imprimé dans quel- ques collections, notamment dans les Scripto- res physiognomoniœ vetercs, grec et latin, cura J.-G.-F. Franzii; Altembourg, 1780, in-8°.

Adamiens ou Adamites. Hérétiques du se- cond siècle, dans l'espèce des basilidiens. ils se mettaient nus et proclamaient la promiscuité des femmes. Clément d'Alexandrie dit qu'ils se van- taient d'avoir des livres secrets de Zoroastre, ce qui a fait conjecturer à plusieurs qu'ils étaient

livrés à la magie. ■^^^m^==^m*. Adelgreiff

( Jean - Albert ) , fils naturel d'un pasteur alle- mand, qui lui apprit le latin, le grec, l'hébreu et plusieurs langues modernes. Il de- vint fou et crut avoir des visions. 11 disait que sept anges l'avaient chargé de repré- senter Dieu sur la terre et de châ- tier les souve- rains avec des verges de fer. Il signait ses dé- crets : « Jean Al- brecht Adelgreiff, Kihi Schmalkhit- mandis , archi- souverain pon - tife, roi du royau- me des cieux , juge des vivants et des morts, Dieu et père, dans la gloire duquel le Christ viendra au dernier jour, Seigneur de tous les seigneurs et Roi de tous les rois. » Il causa beaucoup de troubles par ses extrava- gances, qui trouvèrent, comme toujours, des partisans. On lui attribua des prodiges,

fut brûlé à Kœnigsberg comme magicien

et il héré- tique et perturbateur, le 11 octobre 1636. Il avait prédit avec assurance qu'il ressusciterait le troisième jour, ce qui ne s'est pas vérifié. Adeline, ou plutôt Edeline. Voy. ce mot. Adelites , devins espagnols qui se vantaient de prédire par le vol ou le chant des oiseaux ce qui devait arriver en bien ou en mal.

Adelung (Jean-Christophe), littérateur aile-

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mand, mort à Dresde en 1806. Il a laissé un ou- vrage intitulé Histoire des folies humaines, ou Biographie des plus célèbres nécromanciens, al- chimistes, devins, etc.; sept parties; Leipzig. 1785-1789.

Adeptes, nom que prennent les alchimistes qui prétendent avoir trouvé la pierre philoso- phale et l'élixir de vie. Ils disent qu'il y a tou- jours onze adeptes dans ce monde; et, comme l'élixir les rend immortels, lorsqu'un nouvel alchimiste a découvert le secret du grand œuvre, il faut qu'un des onze anciens lui fasse place et se retire dans un autre des mondes élémentaires.

Adès, ou Hadès, roi de l'enfer. Ce mot est pris souvent, chez quelques poètes anciens, pour l'enfer même.

Adhab-Algab, purgatoire des musulmans, les méchants sont tourmentés parles anges noirs M un kir et Nékir.

Adjuration, formule d'exorcisme par laquelle on commande, au nom de Dieu, à l'esprit malin de dire ou de faire ce qu'on exige de lui.

Adonis, démon brûlé. Selon les démonolo- gues, il remplit quelques fonctions dans les incen- dies1. Des savants croient que c'est le même que le démon Thamuz des Hébreux.

Adoration du crapaud. Les sorciers n'ado- rent pas seulement le diable dans leurs hideuses assemblées. Tout aspirant qui est reçu sor- cier après certaines épreuves reçoit un crapaud, avec Tordre de l'adorer; ce qu'il fait en lui don- nant un baiser en signe de révérence. Voy. Sabbat.

Adramelech, grand chancelier des enfers, intendant de la garde-robe du souverain des dé-

mons, président du haut conseil des diables. Il était adoré à Sépharvaïm, ville des Assyriens, qui brûlaient des enfants sur ses autels. Les rabbins disent qu'il se montre sous la figure d'un mulet, et quelquefois sous celle d'un paon.

1 Wierus, De prœstigiis dœmon., lib. I.

Adranos, idole sicilienne, qui a donné son nom à la ville d'Adranum, aujourd'hui Aderno. On élevait dans son temple mille chiens, dits sa- crés, qui avaient pour mission principale de re- conduire chez eux les hommes ivres.

Adrien. Se trouvant en Mésie , à la tête d'une légion auxiliaire, vers la fin du règne de Domi- tien, Adrien consulta un devin (car il croyait aux devins et à l'astrologie judiciaire), lequel lui prédit qu'il parviendrait un jour à l'empire. Ce n'était pas, dit-on, la première fois qu'on lui fai- sait cette promesse. Trajan, qui était son tuteur, l'adopta, et il régna en effet.

On lui attribue en Écosse la construction de la muraille du Diable.

Fulgose, qui croyait beaucoup à l'astrologie, rapporte, comme une preuve de la solidité de cette science, que l'empereur Adrien, très-habile astrologue, écrivait tous les ans, le premier jour du premier mois, ce qui lui devait arriver pen- dant Tannée, et que, Tan qu'il mourut, il n'é- crivit que jusqu'au mois de sa mort, donnant à connaître par son silence qu'il prévoyait son trépas. Mais ce# livre de l'empereur Adrien, qu'on ne montra qu'après sa mort, n'était qu'un journal.

Aéromancie, art de prédire les choses fu- tures par l'examen des variations et des phéno- mènes de l'air. C'est en vertu de cette divination qu'une comète annonce la mort d'un grand homme. Cependant ces présages extraordinaires peuvent rentrer dans la léraloscopie.

François de la Torre-Blanca dit que Taéro- mancie est Tart de dire la bonne aventure en faisant apparaître des spectres dans les airs, ou en représentant, avec l'aide des démons, les événements futurs dans un nuage, comme dans une lanterne magique. « Quant aux éclairs et au tonnerre, ajoute-t-il, ceci regarde les augures; et les aspects du ciel et des planètes appartiennent à l'astrologie. »

Aétite, espèce de pierre qu'on nomme aussi pierre d'aigle, selon la signification de ce mot grec, parce qu'on prétend qu'elle se trouve dans les nids des aigles. Matthiole dit que les aigles vont chercher cette pierre jusqu'aux Indes, pour faire éclore plus facilement leurs petits. De vient qu'on attribue à Taétite la propriété de fa- ciliter l'accouchement lorsqu'elle est attachée au-dessus du genou d'une femme, ou de le retar- der si on la lui met à la poitrine. Dioscoride dit qu'on s'en servait autrefois pour découvrir les voleurs. Après qu'on l'avait broyée, on en mêlait la cendre dans du pain fait exprès; on en faisait manger à tous, ceux qui étaient soupçon- nés. On croyait que, si peu d'aétile qu'il y eût dans ce pain, le voleur ne pouvait avaler le mor- ceau. Les Grecs modernes emploient encore cette vieille superstition, qu'ils rehaussent de quelques paroles mystérieuses. Voy. Alphito- mancie.

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jEvoli (César), auteur ou collecteur d'un livre peu remarquable , intitulé Opuscules sur les at- tributs divins et sur le pouvoir qui a été donné aux démons de connaître les choses secrètes et de tenter les hommes. Opuscala de divinis attri- bntis et de modo et potestate quant dœmones lia- ient intelligcndi et passiones animi excitandi, in-/r°; Venise, 1589.

Agaberte. «Aucuns parlent, dit Torquemada, d'une certaine femme nommée Agaberte, fille d'un géant qui s'appelait Vagnoste, demeurant aux pays septentrionaux, laquelle était grande enchanteresse ; et la force de ses enchantements était si variée qu'on ne la voyait presque jamais en sa propre figure. Quelquefois c'était une pe- tite vieille fort ridée, qui semblait ne se pouvoir remuer, ou bien une pauvre femme malade et sans forces ; d'autres fois elle était si haute qu'elle paraissait toucher les nues avec sa tête. Ainsi elle prenait telle forme qu'elle voulait aussi ai- sément que les auteurs écrivent d'Urgande la Méconnue. Et, d'après ce qu'elle faisait, le monde avait opinion qu'en un instant elle pouvait obs- curcir le soleil , la lune et les étoiles, aplanir les monts, renverser les montagnes, arracher les ar- bres, dessécher les rivières, et faire autres choses pareilles, si aisément qu'elle semblait tenir tous les diables attachés et sujets à ses volontés1. »

Agarès, démon. Voy. Aguarès.

Agate, pierre précieuse à laquelle les an- ciens attribuaient des qualités qu'elle n'a pas, comme de fortifier le cœur, de préserver de la peste et de guérir les morsures du scorpion et de la vipère.

Agathion , démon familier qui ne se montre qu'à midi. Il paraît en forme d'homme ou de bête ; quelquefois il se laisse enfermer dans un talisman , dans une bouteille ou dans un anneau magique2.

Agathodémon , ou bon démon , adoré des Égyptiens sous la figure d'un serpent à tête hu- maine. Les Grecs de l'Arcadie donnaient ce nom à Jupiter. Les dragons ou serpents ailés , que les anciens révéraient, s'appelaient agathodœmones, ou bons génies.

Agla, sigle ou mot cabalistique auquel les rabbins attribuent le pouvoir de chasser l'esprit malin. Ce mot se compose des premières lettres de ces quatre mots hébreux : Atliah gabor leo- lam, Adonaï: « Vous êtes puissant et éternel, Seigneur. » Ce charme n'était pas seulement em- ployé par les Juifs et les cabalistes, quelques chrétiens hérétiques s'en sont armés souvent pour combattre les démons. L'usage en était fré- quent au seizième siècle *, et plusieurs livres ma-

1 Examèron, de Torquemada, traduit par Gabriel Chappuis, Tourangeau, sixième journée.

2 Leloyer, Disc, et hist. des spectres, liv. III , ch. v.

3 Leloyer, Disc, et hist. des spectres, liv. VIII , ch. vi.

giques en sont pleins, principalement YEnchiri- dion, attribué ridiculement au pape Léon III. Voy. Cabale.

Aglaophotis, sorte d'herbe qui croît dans les marbrières de l'Arabie, et dont les magiciens se servaient pour évoquer les démons. Ils em- ployaient ensuite l'anancitide et la syrrochite, autres ingrédients qui retenaient les démons évo- qués aussi longtemps qu'on le voulait. Voy.

B A ARAS.

Agnan, ou Agnian, démon qui tourmente les Américains par des apparitions et des méchan- cetés. Il se montre surtout au Brésil et chez les

Topinamboux. Il paraît sous toutes sortes de formes, de façon que ceux qui veulent le voir peuvent le rencontrer partout.

Agobard, archevêque de Lyon au neuvième siècle. Il a écrit contre les épreuves judiciaires et contre plusieurs superstitions de son époque. On croyait de son temps que les sorciers fai- saient les tempêtes, qu'ils étaient maîtres de la grêle et des intempéries. Ainsi , dit le saint évê- que, on ôte à Dieu son pouvoir tout- puissant pour le donner à des hommes. Il éclaira donc son diocèse , et il est bon de remarquer ici que c'est toujours l'Église qui a le plus constamment combattu les superstitions. Cependant elle a cru avec raison aux magiciens et aux maléfices, mais jamais à leur omnipotence.

Agraféna-Shiganskaia. L'une des maladies

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les plus générales sur les côtes nord-est de la Sibérie, surtout parmi les femmes: c'est une ex- trême délicatesse des nerfs. Cette maladie, ap- pelée mirak dans ce pays , peut être causée par le défaut absolu de toute nourriture végétale ; mais la superstition l'attribue à l'influence d'une magicienne nommée Agraféna-Shiganskaia , qui, bien que morte depuis plusieurs siècles, conti- nue, comme les vampires, à répandre l'effroi parmi les habitants et passe pour s'emparer des malades. M. de Wrangel, qui rapporte ce fait dans le récit de son expédition au nord-est de la Sibérie, ajoute que parfois on trouve aussi des hommes qui souffrent du mirak ; mais ce sont des exceptions.

Agrippa (Henri-Corneille), médecin et philo- sophe, contemporain d'Érasme, l'un des savants hommes de son temps, dont on l'a appelé le Trismégiste; à Cologne en i486, mort en 1535, après une carrière orageuse, chez le rece- veur général de Grenoble, et non à Lyon ni dans un hôpital, comme quelques-uns l'ont écrit, il avait été lié avec tous les grands personnages et recherché de tous les princes de son époque. Chargé souvent de négociations politiques , il fit de nombreux voyages, que Thevet, dans ses Vies des hommes illustres, attribue à la manie (( de faire partout des tours de son métier de magicien ; ce qui le faisait reconnaître et chasser incontinent » .

Agrippa.

Entraîné par ses études philosophiques dans des excentricités la magie intervenait, comme de nos jours le magnétisme et le spiritisme, il s'est égaré dans la théurgie des néo-platoniciens et s'est posé « héritier de l'école d'Alexandrie *. » Il a donc fait réellement de la magie , comme l'en accusent les démonologues, ou du moins il l'a tenté. Il s'est occupé aussi de l'alchimie, sans

1 M. Gougenot des Mousseaux : La magie au dix- neuvième siècle, p. 210.

grand succès probablement, puisqu'il mourut pauvre. Il avait des prétentions à pénétrer l'avenir, et on raconte qu'il promit au connétable de Bourbon des succès contre François Ier, ce qui était peu loyal , car il était alors le médecin de Louise de Savoie. On croit pouvoir établir aussi qu'il avait étudié les arts extranaturels dans ce^ universités occultes qui existaient au moyen âge.

Sa Philosophie occulte lui attira des persécu- tions. On y voit , malgré d'habiles détours , les traces évidentes de la théurgie. Aussi il a laissé une certaine réputation parmi les pauvres êtres qui s'occupent de sciences secrètes , et on a mis sous son nom de stupides opuscules magiques. On croyait encore sous Louis XIV qu'il n'était pas mort. Voyez sa légende , il est peut-être trop ménagé, dans les Légendes infernales.

Aguapa, arbre des Indes orientales dont on prétend que l'ombre est venimeuse. Un homme vêtu qui s'endort sous cet arbre se relève tout enflé, et l'on assure qu'un homme nu crève sans ressource. Les habitants attribuent à la méchan- ceté du diable ces cruels effets. Voy. Bohon- Upas.

Aguarès, grand-duc de la partie orientale des enfers. Il se montre sous les traits d'un seigneur à cheval sur un crocodile , l'épervier au poing.

Il fait revenir à la charge les fuyards du parti qu'il protège et met l'ennemi en déroute. Il donne les dignités, enseigne toutes les langues, et fait danser les esprits de la terre. Ce chef des dé- mons est de l'ordre des vertus : il a sous ses lois trente et une légions.

Aguerre (Pierre d'). Sous Henri IV, dans cette partie des Basses-Pyrénées qu'on appelait le pays de Labour1, on fit le procès en sorcel- lerie à un vieux coquin de soixante- treize ans , qui se nommait Pierre d' Aguerre , et qui causait beaucoup de maux par empoisonnements, dits

1 Lapurdum, autrefois, dans la Gascogne.

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sortilèges. On avait arrêté , en même temps que lui, Marie d'Aguerre et Jeanne d'Aguerre, ses petites-filles ou ses petites-nièces, avec d'autres jeunes filles et les sorcières qui les avaient me- nées au sabbat. Jeanne d'Aguerre exposa les tur- pitudes qui se commettaient dans les grossières orgies on l'avait conduite ; elle y avait vu le diable en forme de bouc. Marie d'Aguerre déposa que le démon adoré au sabbat s'appelait Léo- nard, qu'elle l'avait vu en sa forme de bouc sor- tir du fond d'une grande cruche placée au milieu de l'assemblée , qu'il lui avait paru prodigieuse- ment haut, et qu'à la fin du sabbat il était ren- tré dans sa cruche.

Deux témoins ayant affirmé qu'ils avaient vu Pierre d'Aguerre remplir au sabbat le person- nage de maître des cérémonies, qu'ils avaient vu le diable lui donner un bâton doré avec lequel il rangeait, comme un mestre de camp, les per- sonnes et les choses , et qu'ils l'avaient vu à la fin de l'assemblée rendre au diable son bâton de commandement *, le vieux coquin, qui avait bien d'autres méfaits, fut condamné à mort comme sorcier avéré. Voy. Bouc et Sabbat.

Aigle. L'aigle a toujours été un oiseau de pré- sage chez les anciens. Valère- .Maxime rapporte que la vue d'un aigle sauva la vie au roi Déjota- rus, qui ne faisait rien sans consulter les oi- seaux ; comme il s'y connaissait , il comprit que l'aigle qu'il voyait le détournait d'aller loger "dans la maison qu'on lui avait préparée , et qui s'écroula la nuit suivante.

De profonds savants ont dit que l'aigle a des propriétés surprenantes, entre autres celle-ci, que sa cervelle desséchée , mise en poudre , im- prégnée de suc de ciguë et mangée en ragoût, rend si furieux ceux qui se sont permis ce régal, qu'ils s'arrachent les cheveux , et se déchirent jusqu'à ce qu'ils aient complètement achevé leur digestion. Le livre qui contient cette singulière recette 2 donne pour raison de ses effets que « la grande chaleur de la cervelle de l'aigle forme des illusions fantastiques en bouchant les con- duits des vapeurs et en remplissant la tête de fumée ». C'est ingénieux et clair.

On donne en alchimie le nom d'aigle à diffé- rentes combinaisons savantes. Vaigle céleste est une composition de mercure réduit en essence , qui passe pour un remède universel ; Vaigle de Vénus est une composition de vert-de-gris et de sel ammoniac , qui forment un safran ; Vaigle noir est une composition de cette cadmie véné- neuse qui se nomme cobalt, et que quelques al- chimistes regardent comme la matière du mer- cure philosophique.

Aiguilles. On pratique ainsi, dans quelques

1 Delancre, TableaudeV inconstance des démons, etc., liv. II, discours iv.

2 Les admirables secrets d'Albert le Grand, liv. II, ch. m. (Livre supposé.)

localités, une divination par les aiguilles. On prend vingt-cinq aiguilles neuves; on les met dans une assiette sur laquelle on verse de l'eau. Celles qui s'affourchent les unes sur les autres annoncent autant d'ennemis.

On conte qu'il est aisé de faire merveille avec de simples aiguilles à coudre, en leur com- muniquant une vertu qui enchante. Kornmann écrit ceci1 : «Quant à ce que les magiciens et les enchanteurs font avec l'aiguille dont on a cousu le suaire d'un cadavre, aiguille au moyen de la- quelle ils peuvent lier les nouveaux mariés , cela ne doit pas s'écrire, de crainte de faire naître la pensée d'un pareil expédient... »

Aiguillette. On appelle nouement de l'aiguil- lette un charme qui frappe tellement l'imagina- tion de deux époux ignorants ou superstitieux, qu'il s'élève entre eux une sorte d'antipathie dont les accidents sont très-divers. Ce charme est jeté par des malveillants qui passent pour sorciers ou qui le sont. Voy. Ligatures.

Aimant (Magnes), principal producteur de la vertu magnétique ou attractive. Il y a sur l'ai- mant quelques erreurs populaires qu'il est bon de passer en revue. On rapporte des choses ad- mirables, dit le docteur Brown2, d'un certain aimant qui n'attire pas seulement le fer, mais la chair aussi. C'est un aimant très-faible, composé surtout de terre glaise semée d'un petit nombre de lignes magnétiques et ferrées. La terre glaise qui en est la base fait qu'il s'attache aux lèvres, comme l'hématite ou la terre de Lemnos. Les médecins qui joignent cette pierre à l'aétite lui donnent mal à propos la vertu de prévenir les avortements.

On a dit de toute espèce d'aimant que l'ail peut lui enlever sa propriété attractive ; opinion certainement fausse , quoiqu'elle nous ait été transmise par Solin, Pline, Plutarque, Mat- thiole, etc. Toutes les expériences l'ont démen- tie. Un fil d'archal rougi, puis éteint dans le jus d'ail, ne laisse pas de conserver sa vertu polaire ; un morceau d'aimant enfoncé dans l'ail aura la même puissance attractive qu'auparavant; des aiguilles laissées dans l'ail jusqu'à s'y rouiller n'en retiendront pas moins cette force d'attrac- tion. On doit porter le même jugement de cette autre assertion, que le diamant a la vertu d'empê- cher l'attraction de l'aimant. Placez un diamant (si vous en avez) entre l'aimant et l'aiguille, vous les verrez se joindre, dussent-ils passer par-dessus la pierre précieuse. Les auteurs que nous combattons ont sûrement pris pour des diamants ce qui n'en était pas.

Mettez sur la même ligne, continue Brown, cette autre merveille contée par certains rab- bins, que les cadavres humains sont magnéti-

1 De mirac. mortuor., pars V, cap. xxn.

2 Essai sur les erreurs, etc., liv. II, ch. m.

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ques, et que, s'ils sont étendus dans un bateau, le bateau tournera jusqu'à ce que la tête du corps mort regarde le septentrion. François Rubus, qui avait une crédulité très-solide, reçoit comme vrais la plupart de ces faits inexplica- bles. Mais tout ce qui tient du prodige, il l'attri- bue au prestige du démon1, et c'est un moyen facile de sortir d'embarras.

Disons un mot du tombeau de Mahomet. Beaucoup de gens croient qu'il est suspendu , à Médine , entre deux pierres d'aimant placées avec art, l'une au-dessus et l'autre au-dessous; mais ce tombeau est de pierre comme tous les autres, et bâti sur le pavé du temple. On lit quelque part, à la vérité, que les mahométans avaient conçu un pareil dessein; ce qui a donné lieu à la fable que le temps et l'éloignement des lieux ont fait passer pour une vérité , et que l'on a essayé d'accréditer par des exemples. On voit dans Pline que l'architecte Dinocharès commença de voûter, avec des pierres d'aimant, le temple d'Arsinoé à Alexandrie , afin de suspendre en l'air la statue de cette reine ; il mourut sans avoir exécuté ce projet, qui eût échoué. Rufin conte que, dans le temple de Sérapis, il y avait un chariot de fer que des pierres d'aimant te- naient suspendu ; que ces pierres ayant été ôtées, le chariot tomba et se brisa. Bôde rap- porte également , d'après des contes anciens , que le cheval de Bellérophon , qui était de fer, fut suspendu entre deux pierres d'aimant.

C'est sans doute à la qualité minérale de l'ai- mant qu'il faut attribuer ce qu'assurent quel- ques-uns, que les blessures faites avec des armes aimantées sont plus dangereuses et plus difficiles à guérir, ce qui est détruit par l'expérience ; les incisions faites par des chirurgiens avec des in- struments aimantés ne causent aucun mauvais effet. Rangez dans la même classe l'opinion qui fait de l'aimant un poison, parce que des auteurs le placent dans le catalogue des poisons. Garcias de Huerta, médecin d'un vice-roi espagnol, rap- porte au contraire que les rois de Ceylan avaient coutume de se faire servir dans des plats de pierre d'aimant, s'imaginant par conserver leur vigueur.

On ne peut attribuer qu'à la vertu magnétique ce que dit iEtius, 'que si un goutteux tient quel- que temps dans sa main une pierre d'aimant , il ne se sent plus de douleur, ou que du moins il éprouve un soulagement. C'est à la même vertu qu'il faut rapporter ce qu'assure Marcellus Em- piricus, que l'aimant guérit les maux de tête. Ces effets merveilleux ne sont qu'une extension gratuite de sa vertu attractive, dont tout le monde convient. Les hommes, s'étant aperçus de cette force secrète qui attire les corps. magnétiques,

1 Discours sur les pierres précieuses dont il est fait mention dans l'Apocalypse.

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lui ont donné encore une attraction d'un ordre différent, la vertu de tirer la douleur de toutes les parties du corps ; c'est ce qui a fait ériger l'aimant en philtre.

On dit aussi que l'aimant resserre les nœuds de l'amitié paternelle et de l'union conjugale , en même temps qu'il est très-propre aux opérations magiques. Les basilidiens en faisaient des talis- mans pour chasser les démons. Les fables qui regardent les vertus de cette pierre sont en grand nombre. Dioscoride assure qu'elle est pour les voleurs un utile auxiliaire ; quand ils veulent piller un logis, dit-il, ils allument du feu aux quatre coins, et y jettent des morceaux d'aimant. La fumée qui en résulte est si incom- mode, que ceux qui habitent la maison sont for- cés de l'abandonner. Malgré l'absurdité de cette fable, mille ans après Dioscoride, elle a été adoptée par les écrivains qui ont compilé les prétendus secrets merveilleux d'Albert le Grand.

Mais on ne trouvera plus d'aimant comparable à celui de Laurent Guasius. Cardan affirme que toutes les blessures faites avec des armes frottées de cet aimant ne causaient aucune douleur.

Encore une fable : je ne sais quel écrivain as- sez grave a dit que l'aimant fermenté dans du sel produisait et formait le petit poisson appelé rémore, lequel possède la vertu d'attirer l'or du puits le plus profond. L'auteur de cette recette savait qu'on ne pourrait jamais le réfuter par l'expérience '; et c'est bien dans ces sortes de choses qu'il ne faut croire que les faits éprouvés.

Aimar. Voy. Baguette divinatoire.

Ajournement. On croyait assez généralement autrefois que, si quelque opprimé, au moment de mourir, prenait Dieu pour juge, et s'il ajour- nait son oppresseur au tribunal suprême , il se faisait toujours une manifestation du gouverne- ment temporel de la Providence. Le mot tou- jours est une témérité, car on ne cite que quel- ques faits à l'appui de cette opinion. Le roi de Castille Ferdinand IV fut ajourné par deux gentils- hommes injustement condamnés, et mourut au bout de trente jours. Énéas Syl vius raconte, et c'est encore un fait constaté, que François Ier, duc de Bretagne, ayant fait assassiner son frère (en 1/|50), ce prince, en mourant, ajourna son meurtrier devant Dieu, et que le duc expira au jour fixé 2.

Nous ne mentionnerons ici l'ajournement du grand maître des templiers, que l'on a dit avoir cité le pape et le roi au tribunal de Dieu , que pour faire remarquer au lecteur que cet ajour- nement a été imaginé longtemps après le supplice de ce grand maître. Voy. Templiers.

Akbaba, vautour qui vit mille ans en se

1 Brown, au lieu cité.

2 Voyez, dans les Légendes des Femmes dans la vie réelle, l'ajournement de la femme du comte Alarcos, et la légende de l'ajournement dans les Légendes des Vertus théologales et cardinales.

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nourrissant de cadavres. C'est une croyance turque.

Akhmin. Ville de la moyenne Thébaïde , qui avait autrefois le renom d'être la demeure des plus grands magiciens1. Paul Lucas parle, dans son second voyage 2, du serpent merveilleux d' Akhmin, que les musulmans honorent comme un ange, et que les chrétiens croient être le dé- mon Asmodée. Voy. Haridi.

Akiba , rabbin du premier siècle de notre ère, précurseur de Bar-Cokébas K De simple berger, poussé par l'espoir d'obtenir la main d'une jeune fille dont il était épris, il devint un savant re- nommé. Les Juifs disent qu'il fut instruit par les esprits élémentaires, qu'il savait conjurer, et qu'il eut, dans ses jours d'éclat, jusqu'à quatre- vingt mille disciples... On croit qu'il est auteur du Jetzirah, ou livre de la création , attribué aussi par les uns à Abraham , et par d'autres à Adam même.

Akouan , démon géant , qui , dans les tradi- tions persanes, lutta longtemps contre Roustam, et fut enfin, malgré sa masse énorme, tué par ce héros. Roustam est en Perse un personnage que l'on ne peut comparer qu'à Roland chez nous,

Alain de l'Isle (Insulensis) , religieux ber- nardin , évêque d'Auxerre au douzième siècle, auteur vrai ou supposé de Y Explication des pro- phéties de Merlin (Explanationcs in prophetias Merlini Angli ; Francfort, 1608, in-8°). Il com- posa, dit-on, ce commentaire, en 1170, à l'oc- casion du grand bruit que faisaient alors lesdites prophéties.

Un autre Alain ou Alanus, qui vivait dans le même siècle, a laissé pour les alchimistes un livre intitulé Dicta de lapide philosophico , in-8°; Leyde,1600.

Alaric , roi des Goths et premier roi du pre- mier royaume d'Italie (car il y en a eu quatre avant nos jours, et aucun n'a pu durer). Olym- piodore nous a conservé un récit populaire de

1 D'Herbelot, Bibliothèque orientale.

2 Liv. V, t. II, p. 83.

3 Voyez la légende de Bar-Cokébas, dans les Lé- gendes de l'Ancien Testament.

son temps, suivant lequel, lorsque Alaric voulut envahir la Sicile, il fut repoussé par une statue mystérieuse qui lui lançait des flammes par l'un de ses pieds et des jets d'eau par l'autre. 11 se retira à Cosenza , il mourut subitement peu de jours après (an Z^l 0).

Alary (François), songe-creux, qui a fait im- primer à Rouen , en 1701, la Prophétie du comte Bombastc, chevalier de la Rose-Croix, neveu de Paracelse, publiée en l'année 1609, sur la nais- sance de Louis le Grand.

Alastor, démon sévère, exécuteur suprême des sentences du monarque infernal. Il fait les fonctions de Némésis. Zoroastre l'appelle le bour- reau ; Origène dit que c'est le même qu'Azazel ;

d'autres le confondent avec l'ange exterminateur. Les anciens appelaient les génies malfaisants alastores, et Plutarque dit que Cicéron, par haine contre Auguste , avait eu le projet de se tuer auprès du foyer de ce prince pour devenir son alastor.

Albert le Grand, Albert le Teutonique, Al- bert de Cologne, Albert de Ratisbonne , Alberlus Grotus, car on le désigne sous tous ces noms (le véritable était Albert de Groot), savant et pieux dominicain , mis à tort au nombre des magiciens par les démonographes, fut, dit-on, le plus cu- rieux de tous les hommes. Il naquit dans la Souabe, à Lawigen sur le Danube, en 1205. D'un esprit fort grossier dans son jeune âge, il devint, à la suite d'une vision qu'il eut de la sainte Vierge, qu'il servait tendrement et qui lui ouvrit les yeux de l'esprit, l'un des plus grands docteurs de son siècle. Il fut le maître de saint Thomas d'Aquin. Vieux , il retomba dans la médiocrité , comme pour montrer qu'évidemment son mérite et sa science étendue n'étaient qu'un don miraculeux et temporaire. D'anciens écrivains ont dit, après avoir remarqué la dureté naturelle de sa conception , que d'âne il avait été transmué en

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philosophe; puis/ ajoutent-ils, de philosophe il redevint âne *.

Albert le Grand fut évêque de Ratisbonne , et mourut saintement à Cologne, âgé de quatre- vingt-sept ans. Ses ouvrages n'ont été publiés qu'en 1651 ; ils forment vingt et un volumes in- folio. En les parcourant, on admire un savant chrétien; on ne trouve jamais rien qui ait pu le charger de sorcellerie. Il dit formellement au contraire : « Tous ces contes de démons qu'on » voit rôder dans les airs , et de qui on tire le » secret des choses futures, sont trop souvent » des absurdités ou des fourberies 2 . » C'est qu'on a mis sous son nom des livres de secrets merveilleux, auxquels il n'a jamais eu plus de part qu'à l'invention du gros canon et du pistolet que lui attribue Matthieu de Luna.

Mayer dit qu'il reçut des disciples de saint Do- minique le secret de la pierre philosophale , et qu'il le communiqua à saint Thomas d'Aquin ; qu'il possédait une pierre marquée naturellement d'un serpent, et douée de cette vertu admirable, que si on la mettait dans un lieu fréquenté par des serpents, elle les attirait tous; qu'il em- ploya , pendant trente ans , toute sa science de magicien et d'astrologue à faire, de métaux bien choisis et sous l'inspection des astres , un auto- mate doué de la parole , qui lui servait d'oracle et résolvait toutes les questions qu'on lui propo- sait : c'est ce qu'on appelle Yandroïde d'Albert le Grand; que cet automate fut anéanti par saint Thomas d'Aquin , qui le brisa à coups de bâton , dans l'idée que c'était un ouvrage ou un agent du diable. On sent que tous ces petits faits sont des contes. On a donné aussi à Virgile , au pape Sylvestre II, à Roger Bacon, de pareils androïdes. Vaucanson a montré que c'était un pur ouvrage de mécanique.

Une des plus célèbres sorcelleries d'Albert le Grand eut lieu à Cologne. Il donnait un banquet dans son cloître à Guillaume II , comte de Hol- lande et roi des Romains ; c'était dans le cœur de l'hiver; la salle du festin présenta, à la grande surprise de la cour, la riante parure du prin- temps; mais, ajoute-t-on, les fleurs se flétrirent à la fin du repas. A une époque l'on ne connaissait pas les serres chaudes, l'élégante prévenance du bon et savant religieux dut surprendre. Ce qu'il appelait lui-même ses opérations magiques n'était ainsi que de la magie blanche.

Finissons en disant que son nom d'Albert le Grand n'est pas un nom de gloire, mais la simple traduction de son nom de famille, Albert de Groot. On lui attribue donc le livre intitulé les Ad- mirables secrets d'Albert le Grand, contenant

1 Yoyez, dans les Légendes de la sainte Vierge, la Vision de V Ecolier.

2 De somn. et vig., lib. III, tract. I, cap. vin.

plusieurs traités sur les vertus des herbes, des pierres précieuses et des animaux, etc., augmen- tés d'un abrégé curieux de la physionomie et d'un préservatif contre la peste, les fièvres ma- lignes, les poisons et l'infection de l'air, tirés et traduits des anciens manuscrits de l'auteur qui n'avaient pas encore paru, etc., in-18, in-24, in-12. Excepté du bon sens, on trouve de tout dans ce fatras, jusqu'à un traité des fientes qui, «quoique viles 'et méprisables, sont cependant » en estime, si on s'en sert aux usages pres- » crits (les engrais) » . Le récollecteur de ces secrets débute par une façon de prière; après quoi il donne la pensée du prince des philosophes, lequel pense que l'homme est ce qu'il y a de meilleur dans le monde , attendu la grande sym- pathie qu'on découvre entre lui et les signes du ciel , qui est au-dessus de nous , et par consé- quent nous est supérieur.

Le livre Ier traite principalement , et de la ma- nière la plus inconvenante, de l'influence des planètes sur la naissance des enfants , du mer- veilleux effet des cheveux de la femme, des monstres, de la façon de connaître si une femme enceinte porte un garçon ou une fille, du venin que les vieilles femmes ont dans les yeux , sur- tout si elles y ont de la chassie, etc. Toutes ces rêveries grossières sont fastidieuses , absurdes et fort sales. On voit au livre II les vertus de cer- taines pierres , de certains animaux , et les mer- veilles du monde , des planètes et des astres. Le livre III présente l'excellent traité des fientes, de singulières idées sur les urines , les punaises , les vieux souliers et la pourriture; des secrets pour amollir le fer, pour manier les métaux , pour dorer l'étain et pour nettoyer la batterie de cuisine. Le livre IV est un traité de physiogno- monie , avec des remarques savantes, des obser- vations sur les jours heureux et malheureux, des préservatifs contre la fièvre, des purgatifs, des recettes de cataplasmes et autres choses de même nature. Nous rapporterons en leur lieu .ce qu'il y a de curieux dans ces extravagances , et le lecteur, comme nous, trouvera étonnant qu'on vende chaque année par milliers d'exemplaires les secrets d'Albert le Grand aux habitants mal» avisés des campagnes,

Le solide Trésor du Petit Albert, ou secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique, traduit exactement sur l'original latin intitulé Albcrti Parvi Lucii liber de mirabilibus naturœ arcanis , enrichi de figures mystérieuses et la manière de les faire (ce sont des figures de ta- lismans). Lyon, chez- les héritiers de Beringos fratres, à l'enseigne d'Agrippa. In-18, 6516 (an- née cabalistique). Albert le Grand est égale- ment étranger à cet autre recueil d'absurdités , plus dangereux que le premier, quoiqu'on n'y trouve pas, comme les paysans se l'imaginent, les moyens d'évoquer le diable. On y voit la

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manière de nouer et de dénouer l'aiguillette, la composition de divers philtres, l'art de savoir en songe qui on épousera , des secrets pour faire danser, pour multiplier les pigeons, pour gagner au jeu , pour rétablir le vin gâté , pour faire des talismans cabalistiques , découvrir les trésors , se servir de la main de gloire , composer l'eau ar- dente et le feu grégeois, la jarretière et le bâton du voyageur, l'anneau d'invisibilité, la poudre de sympathie , l'or artificiel , et enfin des remèdes contre les maladies , et des gardes pour les trou- peaux. Voy. ces divers articles.

Albert d'Alby, auteur de Y Oracle parfait. Voy. Cartomancie , à la fin.

Albert de Saint-Jacques, moine du dix-sep- tième siècle , qui publia un livre intitulé Lu- miere aux vivants par l'expérience des morts, ou diverses apparitions des âmes du purgatoire en notre siècle. In-8°, Lyon, 1675.

Albigeois, fusion de manichéens très-per- fides , dont l'hérésie éclata dans le Languedoc ,

et eut pour centre Àlbi. Ils admettaient deux principes , disant que Dieu avait produit de lui- même Lucifer, qui était ainsi son fils aîné ; que Lucifer, fils de Dieu , s'était révolté contre lui ; qu'il avait entraîné dans sa rébellion une partie des anges ; qu'il s'était vu alors chassé du ciel avec ses complices; qu'il avait, dans son exil, créé ce monde que nous habitons , il régnait et tout allait mal. Ils ajoutaient que Dieu, pour rétablir l'ordre , avait produit un second fils , qui était Jésus-Christ.

Ce singulier dogme se présentait avec des va- riétés, suivant les différentes sectes. Presque

toutes niaient la résurrection de la chair, l'enfer et le purgatoire, disant que nos âmes n'étaient que des démons logés dans nos corps en châti- ment de leurs crimes. Les Albigeois avaient pris, dès la fin du douzième siècle , une effrayante consistance. Ils tuaient les prêtres et les moines , brûlaient les croix, détruisaient les églises. De si odieux excès marquaient leur passage, que, les remontrances et les prédications étant vaines, il fallut faire contre eux une croisade, dont Simon de Montfort fut le héros. On a dénaturé et faussé par les plus insignes mensonges l'his- toire de cette guerre sainte 1 ; on a oublié que , si les Albigeois eussent triomphé, l'FAirope re- tombait dans la plus affreuse barbarie. Il est vrai que leurs défenseurs sont les protestants , héri- ritiers d'un grand nombre de leurs erreurs , et les philosophes , amateurs assez souvent de leurs désordres.

Albigerius. Les démonographes disent que les possédés , par le moyen du diable , tombent quelquefois dans des extases pendant lesquelles leur âme voyage loin du corps , et fait à son re- tour des révélations de choses secrètes. C'est ainsi, comme dit Leloyer, que les corybantes devinaient et prophétisaient, phénomènes que le somnambulisme expliquerait peut-être. Saint Augustin parle d'un Carthaginois , nommé Albi- gerius , qui savait par ce moyen tout ce qui se faisait hors de chez lui. Chose plus étrange , à la suite de ses extases, il révélait souvent ce qu'un autre songeait dans le plus secret de sa pensée.

Saint Augustin cite un autre frénétique qui, dans une grande fièvre , étant possédé du mau- vais esprit , sans extase , mais bien éveillé , rap- portait fidèlement tout ce qui se faisait loin de lui. Lorsque le prêtre qui le soignait était à six lieues de la maison , le diable , qui parlait par la bouche du malade, disait aux personnes pré- sentes en quel lieu était ce prêtre à l'heure il parlait et ce qu'il faisait, etc. On prétend que Cagliostro en faisait autant. Ces choses-là sont surprenantes. Mais l'âme immortelle , suivant la remarque d'Aristote, peut quelquefois voyager sans le corps 2.

Albinos. Nom que les Portugais ont donné à des hommes d'une blancheur extrême , qui sont ordinairement enfants de nègres. Les noirs les regardent comme des monstres , et les savants ne savent à quoi attribuer cette blancheur. Les al- binos sont pâles comme des spectres ; leurs yeux, faibles et languissants pendant le jour, sont bril- lants à la clarté de la lune. Les noirs, qui don- nent aux démons la peau blanche , regardent les albinos comme des enfants du démon. Ils croient qu'ils peuvent les combattre aisément pendant le jour, mais que la nuit les albinos sont les plus

1 Voyez, dans les Légendes des Croisades, la croi- sade contre les Albigeois.

2 Leloyer, Hist. et dise, des spectres, liv. IV.

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forts et se vengent. Dans le royaume Loango, les albinos passent pour des démons champêtres et obtiennent quelque considération à ce titre.

Vossius dit qu'il y a dans la Guinée des peu- plades d'albinos. Mais comment ces peuplades subsisteraient-elles, s'il est vrai que ces infortu- nés ne se reproduisent point?

11 paraît que les anciens connaissaient les al- binos. « On assure, dit Pline, qu'il existe en Albanie des individus qui naissent avec des che- veux blancs, des yeux de perdrix, et ne voient clair que pendant la nuit. » Il ne dit pas que ce soit une nation , mais quelques sujets affectés d'une maladie particulière. « Plusieurs animaux ont aussi leurs albinos, ajoute M. Salgues ; les naturalistes ont observé des corbeaux blancs, des merles blancs, des taupes blanches; leurs yeux sont rouges, leur peau est plus pâle et leur organisation plus faible »

Alborak. Voy. Borak.

Albumazar, astrologue du neuvième siècle dans le Khorassan , connu par son traité astrologique intitulé Milliers d'années, il affirme que le monde n'a pu être créé que quand les sept planètes se sont trouvées en con- jonction dans le premier degré du Bélier, et que la fin du monde aura lieu quand ces sept pla- nètes, qui sont aujourd'hui (en 1862) au nombre de cinquante et une , se rassembleront dans le dernier degré des Poissons. On a traduit en la- tin et imprimé d' Albumazar le Tractatus florum astrologiœ , in-/r°, Augsbourg, 1 488. On peut voir dans Gasiri , Biblioth. arab. hispan., t. Ier, p. 351 , le catalogue de ses ouvrages.

Albunée , sibylle célèbre. On voit encore son temple à Tivoli, en ruines, il est vrai. Voy. Si- bylles.

Alchabitius. Voy. Abd-el-Azys.

Alchimie. L'alchimie ou chimie par excel- lence, qui s'appelle aussi philosophie hermétique, est cette partie éminente de la chimie qui s'oc- cupe de l'art de transmuer les métaux. Son résul- tat, en expectative, est la pierre philosophale. Voy. Pierre philosophale et Gobineau.

Alchindus, que Wierus2 met au nombre des magiciens, mais que Delrio 3 se contente de ran- ger parmi les écrivains superstitieux, était un médecin arabe du onzième siècle qui employait comme remède les paroles charmées et les com- binaisons de chiffres. Des démonologues l'ont déclaré suppôt du diable, à cause de son livre in- titulé Théorie des arts magiques, qu'ils n'ont point lu. Jean Pic de la Mirandole dit qu'il ne connaît que trois hommes qui se soient occupés de la magie naturelle et permise : Alchindus, Roger Bacon et Guillaume de Paris. Alchindus était simplement un peu physicien dans des temps

1 Des erreurs et des préjugés, etc., t. I, p. 479.

2 De prœstigiis , lib. II, cap. m.

3 Disquisit. rnagicœ, lib. I, cap. m.

d'ignorance. A son nom arabe Alcendi, qu'on a latinisé, quelques-uns ajoutent le prénom de Jacob ; on croit qu'il était mahométan. On lui reproche d'avoir écrit des absurdités. Par exem- ple, il pensait expliquer les songes en disant qu'ils sont l'ouvrage des esprits 'élémentaires qui se montrent à nous dans le sommeil et nous représentent diverses actions fantastiques, comme des acteurs qui jouent la comédie devant le pu- blic ; ce qui n'est peut-être pas si bête. Alcoran. Voy. Koran.

Alcyon. Une vieille opinion , qui subsiste en- core chez les habitants des côtes, c'est que l'alcyon ou martin-pêcheur est une girouette naturelle, et

que, suspendu par le bec, il désigne le côté d'où vient le vent, en tournant sa poitrine vers ce point de l'horizon. Ce qui a mis cette croyance en crédit parmi le peuple, c'est l'observation qu'on a faite que l'alcyon semble étudier les vents et les deviner lorsqu'il établit son nid sur les flots, vers le solstice d'hiver. Mais cette prudence est-elle dans l'alcyon une prévoyance qui lui soit particulière ? N'est-ce pas simplement un instinct de la nature qui veille à la conservation de cette espèce? « Bien des choses arrivent, dit Brown, parce que le premier moteur l'a ainsi arrêté, et la nature les exécute par des voies qui nous sont inconnues. »

C'est encore une ancienne coutume de conser- ver les alcyons dans des coffres, avec l'idée qu'ils préservent des vers les étoffes de laine. On n'eut peut-être pas d'autre but en les pendant au pla- fond des chambres. « Je crois même, ajoute Brown , qu'en les suspendant par le bec on n'a pas suivi la méthode des anciens, qui les suspen- daient par le dos, afin que le bec marquât les vents. Car c'est ainsi que Kirker a décrit l'hiron- delle de mer. » Disons aussi qu'autrefois, en con- servant cet oiseau , on croyait que ses plumes se renouvelaient comme s'il eût été vivant, et c'est ce qu'Albert le Grand espéra inutilement dans ses expériences1.

Outre les dons de prédire le vent et de chasser les vers, on attribue encore à l'alcyon la pré- cieuse qualité d'enrichir son possesseur, d'entre- tenir l'union dans les familles et de communiquer la beauté aux femmes qui portent ses plumes. Les Tartares et les Ostiaks ont une très-grande véné- ration pour cet oiseau. Ils recherchent ses plumes

1 Brown, Erreurs populaires, liv. III, ch. x.

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avec empressement, les jettent dans un grand vase d'eau , gardent avec soin celles qui surna- gent, persuadés qu'il suffit de toucher quelqu'un avec ces plumes pour s'en faire aimer. Quand un Ostiak est assez heureux pour posséder un alcyon , il en conserve le bec, lespatles et la peau, qu'il met dans une bourse, et, tant qu'il porte ce tré- sor, il se croit à l'abri de tout malheur1. C'est pour lui un talisman comme les fétiches des nè- gres. Voy. Ame damnée.

Aldon. Voy. Granson.

Alectorienne (Pierre). Voy. Coq.

Alectryomancie ou Alectromancie. Divina- tion par le moyen du coq , usitée chez les anciens.

Voici quelle était leur méthode : On traçait sur le sable un cercle que l'on divisait en vingt-quatre espaces égaux. On écrivait dans chacun de ces espaces une lettre de l'alphabet; on méfiait sur chaque lettre un grain d'orge ou de blé ; on pla- çait ensuite au milieu du cercle un coq dressé à ce manège ; on observait sur quelles lettres il enlevait le grain; on en suivait l'ordre, et ces lettres rassemblées formaient un mot qui donnait la solution de ce que l'on cherchait à savoir. Des devins, parmi lesquels on cite Jamblique, vou- lant connaître le successeur de l'empereur Valens, employèrent l'alectryomancie ; le coq tira les lettres Théod... Valens, instruit de cette particu- larité, fit mourir plusieurs des curieux qui s'en étaient occupés, et se défit même, s'il faut en croire Zonaras, de tous les hommes considé- rables dont le nom commençait par les lettres fatales. Mais, malgré ses efforts, son sceptre passa à Théodose le Grand. Cette prédiction a être faite après coup 2.

Ammien-Marcellin raconte la chose autrement. 11 dit que sous l'empire de Valens on comptait parmi ceux qui s'occupaient de magie beaucoup de gens de qualité et quelques philosophes. Cu- rieux de savoir quel serait le sort de l'empereur régnant, ils s'assemblèrent la nuit dans une des maisons affectées à leurs cérémonies : ils com-

1 M, Salgues, Des erreurs et des préjugés, t. III, p. 374.

2 M. Junquières, dans le quatrième chant de son poëme intitulé Caquet- Bonbec , ou la Poule à ma tante, a fait un spirituel usage de cette divination.

mencèrent par dresser un trépied de racines et de rameaux de laurier, qu'ils consacrèrent par d'horribles imprécations; sur ce trépied ils pla- cèrent un bassin formé de différents métaux, et ils rangèrent autour, à distances égales, toutes les lettres de l'alphabet. Alors le mystagogue le plus savant de la compagnie s'avança , enveloppé d'un long voile, la tête rasée, tenant à la main des feuilles de verveine, et faisant à grands cris d'effroyables invocations qu'il accompagnait de convulsions. Ensuite, s'arrêtant tout à coup de- vant le bassin magique, il y resta immobile, tenant un anneau suspendu par un fil. C'était de la dac- tylomancie. A peine il achevait de prononcer les paroles du sortilège, qu'on vit le trépied s'ébran- ler, l'anneau se remuer, et frapper tantôt une lettre, tantôt une autre. A mesure que ces lettres étaient ainsi frappées, elles allaient s'arranger d'elles-mêmes, à côté l'une de l'autre, sur une table elles composèrent des vers héroïques qui étonnèrent toute l'assemblée.

Valens , informé de cette opération , et n'aimant pas qu'on interrogeât les enfers sur sa destinée, punit les grands et les philosophes qui avaient assisté à cet acte de sorcellerie : il étendit même la proscription sur tous les philosophes et tous les magiciens de Rome. Il en périt une multitude ; et les grands, dégoûtés d'un art qui les exposait à des supplices, abandonnèrent la magie à la po- pulace et aux vieilles, qui ne la firent plus servir qu'à de petites intrigues et à des maléfices subal- ternes. Voy. Coq, Mariage, etc.

Alès (Alexandre) , ami de Mélanchthon , en 1500 à Édimbourg. 11 raconte que, dans sa jeu- nesse, étant monté sur le sommet d'une très- haute montagne , il fit un faux pas et roula dans un précipice. Comme il était près de s'y englou- tir, il se sentit transporter en un autre lieu, sans savoir par qui ni comment, et se retrouva sain et sauf, exempt de contusions et de blessures. Quel- ques-uns attribuèrent ce prodige aux amulettes qu'il portait au cou , selon l'usage des enfants de ce temps-là. Pour lui, il l'attribue à la foi et aux prières de ses parents, qui n'étaient pas héré- tiques.

Alessandro Alessandri, en latin Alexandcr ah Alexandro, jurisconsulte napolitain, mort en 1523. Il a publié un recueil rare de disserta- tions sur les choses merveilleuses. Il y parle de prodiges arrivés récemment en Italie, de songes vérifiés, d'apparitions et de fantômes qu'il dit avoir vus lui-même. Par la suite , il a fondu ces dissertations dans son livre Genialium dkrum, il raconte toutes sortes de faits prodigieux. Voy. Possessions et Spectres, et les Légendes des esprits et démons.

Aleuromancie , divination qui se pratiquait avec de la farine. On mettait des billets roulés dans un tas de farine ; on les remuait neuf fois confusément. On partageait ensuite la masse aux

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différents curieux, et chacun se faisait un thème selon les billets qui lui étaient échus. Chez les païens , Apollon était appelé Aleuromantis , parce qu'il présidait à cette divination. Il en reste quel- ques vestiges dans certaines localités, l'on emploie le son au lieu de farine. C'est une amé- lioration.

Alexandre le Grand, roi de Macédoine, etc. Il a été le sujet de légendes prodigieuses chez les Orientaux, qui tfht sur lui des contes immen- ses. Ils l'appellent Iskender. Les démonographes disent qu'Aristote lui enseigna la magie ; les ca- halistes lui attribuent un livre sur les propriétés des éléments ; les rabbins écrivent qu'il eut un songe qui l'empêcha de maltraiter les Juifs, lorsqu'il voulut entrer en conquérant dans Jéru- salem.

La figure d'Alexandre le Grand, gravée en manière de talisman sous certaines influences, passait autrefois pour un excellent préservatif. Dans la famille des Macriens, qui usurpèrent l'empire du temps de Valérien, les hommes por- taient toujours sur eux la figure d'Alexandre ; les femmes en ornaient leur coiffure, leurs brace- lets , leurs anneaux. Trebellius Pollio dit que cette figure est d'un grand secours dans toutes les circonstances de la yie , si on la porte en or ou en argent... Le peuple d'Antioche pratiquait cette superstition, que saint Jean Chrysostome eut beaucoup de peine à détruire1.

Alexandre de Paphlagonie, imposteur et charlatan du genre d'Apollonius de Tyane, au deuxième siècle , en Paphlagonie , dans le bourg d'Abonotique. Ses pauvres parents n'ayant pu lui donner aucune éducation , il profita , pour

1 Voyez les faits merveilleux attribués à Alexandre le Grand dans les Légendes de l'Ancien Testament.

se pousser dans le monde , de quelques dons qu'il tenait de la nature. Il avait le teint net, l'œil vif, la voix claire, la taille belle, peu de barbe et peu de cheveux, mais un air gracieux et doux. Il s'attacha, presque enfant, à une sorte de magicien qui débitait des philtres pour produire l'affection ou la haine, découvrir les trésors, obtenir les successions, perdre ses enne- mis, et autres résultats de ce genre. Cet homme, ayant reconnu dans Alexandre un esprit adroit, l'initia à ses secrets. Après la mort du vieux jongleur, Alexandre se lia avec un certain Goc- conas, homme malin, et ils parcoururent ensem- ble divers pays, étudiant l'art de faire des dupes. Ils rencontrèrent une vieille dame riche, que leurs prétendus secrets charmèrent , et qui les fit voyager à ses dépens depuis la Bithynie jus- qu'en Macédoine. Arrivés en ce pays, ils re- marquèrent qu'on y élevait de grands serpents , si familiers qu'ils jouaient avec les enfants sans leur faire de mal ; ils en achetèrent un des plus beaux pour les scènes qu'ils se proposaient de jouer. Ils se rendirent à Abonotique, les es- prits étaient grossiers, et ils cachèrent des lames de cuivre dans un vieux temple d'Apollon qu'on démolissait. Ils avaient écrit dessus qu'Es- culape et son père viendraient bientôt s'établir dans la ville.

Ces lames ayant été trouvées, les habitants se hâtèrent de décerner un temple à ces dieux, et ils en creusèrent les fondements. Cocconas mourut alors de la morsure d'une vipère. Alexandre se. hâta de prendre son rôle , et , se déclarant prophète, il se montra avec une lon- gue chevelure, une robe de pourpre rayée de blanc ; il tenait dans sa main une faux , comme on en donne une à Persée , dont il prétendait descendre du côté de sa mère ; il publiait un oracle qui le disait fils de Podalyre , lequel , à la manière des dieux du paganisme , avait épousé sa mère en secret. Il faisait débiter en même temps une prédiction d'une sibylle qui portait que des bords du Pont-Euxin il viendrait un libé- rateur d'Ausonie.

Dès qu'il se crut convenablement annoncé, il parut dans Abonotique, il fut accueilli comme un dieu. Pour soutenir sa dignité, il mâchait la racine d'une certaine herbe qui le faisait écurner, ce que le peuple attribuait à l'enthousiasme di- vin. Il avait préparé une tête habilement fabri- quée, dont les traits représentaient la face d'un homme, avec une bouche qui s'ouvrait et se fer- mait par un fil caché. Avec cette tête et le ser- pent apprivoisé qu'il avait acheté en Macédoine, et qu'il cachait soigneusement , il prépara un grand prodige. 11 se transporta de nuit à l'en- droit où l'on creusait les fondements du temple, et déposa dans une fontaine voisine un œuf d'oie il avait enfermé un petit serpent qui ve- nait de naître. Le lendemain matin , il se rendit

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sur la place publique , l'air agité , tenant sa faux à la main, et ceint d'une écharpe dorée. Il monta sur un autel élevé, et s'écria que ce lieu était honoré de la présence d'un dieu. A ces mots , le peuple accouru commença à faire des prières, tandis que l'imposteur prononçait des mots en langue phénicienne, ce qui servait à re- doubler l'étonnement général. Il courut en- suite vers le lieu il avait caché son œuf, et, entrant dans l'eau, il commença à chanter les louanges d'Apollon et d'Esculape , et à inviter ce dernier à se montrer aux mortels ; puis , enfon- çant une coupe dans la fontaine, il en retira l'œuf mystérieux. Le prenant dans sa main , il s'écria : « Peuples , voici votre Dieu ! » Toute la foule attentive poussa des cris de joie, en voyant Alexandre casser l'œuf et en tirer un petit ser- pent qui s'entortilla dans ses doigts.

Chacun se répandit en accents de joie; les uns demandant au dieu la santé , les autres les hon- neurs ou des richesses. Enhardi par ce suc- cès , Alexandre fit annoncer le lendemain que le dieu qu'ils avaient vu si petit la veille avait re- pris sa grandeur naturelle.

11 se plaça sur un lit , revêtu de ses habits de prophète, et, tenant dans son sein le serpent qu'il avait apporté de Macédoine, il le laissa voir entortillé autour de son cou et traînant une lon- gue queue; il en cachait la tête sous son aisselle, et faisait paraître à la place la figure humaine qu'il avait préparée. Le lieu de la scène était fai- bîement éclairé ; on entrait par une porte et on sortait par une autre, sans qu'il fût possible, à cause de l'afïluence, de s'arrêter longtemps. Ce spectacle dura quelques jours; il se renouvelait toutes les fois qu'il arrivait quelques étrangers. On fit des images du dieu en cuivre et en argent.

Alexandre , voyant les esprits préparés , an- nonça que le dieu rendrait des oracles, et qu'on eût à lui écrire des billets cachetés. Alors , s'en- fermant clans le sanctuaire du temple qu'on ve- nait de bâtir, il faisait appeler ceux qui avaient donné des billets , et les leur rendait sans qu'ils parussent avoir été ouverts, mais accompagnés de la réponse du dieu. Ces billets avaient été lus avec tant d'adresse qu'il était impossible de s'a- percevoir qu'on eût rompu le cachet. Des es- pions et des émissaires informaient le prophète de tout ce qu'ils pouvaient apprendre, et ils l'ai- daient à rendre ses réponses , qui d'ailleurs étaient toujours obscures ou ambiguës, suivant la prudente coutume des oracles. On apportait des présents pour le dieu et pour le prophète.

Voulant nourrir l'admiration par une nouvelle supercherie, Alexandre annonce un jour qu'Es- culape répondrait en personne aux questions qu'on lui ferait : cela s'appelait des réponses de la propre bouche du dieu» On opérait cette fraude par le moyen de quelques artères de grues , qui aboutissaient d'un côté à la tête du

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dragon postiche, et de l'autre à la bouche d'un homme caché dans une chambre voisine ; à moins pourtant qu'il n'y eût dans son fait quel- que magnétisme. Les réponses se rendaient en prose ou en vers, mais toujours dans un style si vague, qu'elles prédisaient également le revers ou le succès. Ainsi l'empereur Marc-Aurèle , fai- sant la guerre aux Germains , lui demanda un oracle. On dit même qu'en 11k il fit venir Alexandre à Rome , le regardant comme le dis- pensateur de l'immortalité. L'oracle sollicité di- sait qu'il fallait, après les cérémonies prescrites, jeter deux lions vivants dans , le Danube , et qu'ainsi l'on aurait l'assurance d'une paix pro- chaine , précédée d'une victoire éclatante. On exécuta la prescription. Mais les deux lions tra- versèrent le fleuve à la nage , les barbares les tuèrent, et mirent ensuite l'armée de l'empereur en déroute; à quoi le prophète répliqua qu'il avait annoncé la victoire , mais qu'il n'avait pas désigné le vainqueur.

Une autre fois , un illustre personnage fit de- mander au dieu quel précepteur il devait donner à son fils; il lui fut répondu : Pythagore et Homère. L'enfant mourut quelque temps après. L'oracle annonçait la chose, dit le père, en donnant au pauvre enfant deux précepteurs morts depuis longtemps. S'il eût vécu , on l'eût instruit avec les ouvrages de Pythagore et d'Ho- mère, et l'oracle aurait encore eu raison.

Quelquefois le prophète dédaignait d'ouvrir les billets, lorsqu'il se croyait instruit de la de- mande par ses agents ; il s'exposait à de singu- lières erreurs. Un jour il donna un remède pour le mal de côté , en réponse à une lettre qui lui demandait quelle était la patrie d'Homère. On ne démasqua point cet imposteur, que l'accueil de Marc-Aurèle avait entouré de véné- ration. Il avait prédit qu'il mourrait à cent cin- quante ans, d'un coup de foudre, comme Es- culape : il mourut dans sa soixante-dixième année, d'un ulcère à la jambe, ce qui n'empê- cha pas qu'après sa mort il eût, comme un demi-dieu, des statues et des sacrifices.

Alexandre de Tralles, médecin , à Tral- les, dans l'Asie Mineure, au sixième siècle. On dit qu'il était très-savant ; ses ouvrages prouvent au moins qu'il était très-crédule. Il conseillait à ses malades les amulettes et les paroles char- mées. Il assure, dans sa Médecine pratique1, que la figure d'Hercule étouffant le lion de la forêt de Némée, gravée sur une pierre et en- châssée dans un anneau , est un excellent re- mède contre la colique. Il prétend aussi qu'on guérit parfaitement la goutte, la pierre et les fièvres par des philactères et des charmes. Cela montre au moins qu'il ne savait pas les guérir autrement.

i Liv. X, en. i.

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Alexandre III, roi d'Écosse. Il épousa en 1285 Yolette, fille du comte de Dreux. Le soir de la solennité du mariage , on vit entrer à la fin du bal dans la salle la cour était assem- blée un spectre décharné qui se mit à danser, suivi d'une ombre voilée. Les gambades du

spectre troublèrent les assistants ; les fêtes fu- rent suspendues, et des habiles déclarèrent que cette apparition annonçait la mort prochaine du roi. En effet, la même année, dans une partie de chasse , Alexandre , montant un cheval mal dressé , fut jeté hors de selle et mourut de la chute 1 .

Alexandre VI, élu pape en 1^92; pontife qui a été jugé sur un misérable pamphlet laissé par un chanoine laïque, son ennemi2. Quelques sots écrivains affirment qu'il avait à ses ordres un démon familier, qui passa ensuite aux ordres de César Borgia.

Alfader, dieu très-important dans la théogo- nie Scandinave. Avant de créer le ciel et la terre , il était prince des géants. Les âmes des bons doivent vivre avec lui dans le Simle ou le Wingoljf; mais les méchants passent aux mains d'Héla, qui les envoie au Niflheim, la région des nuages inférieurs au neuvième monde. L'Edda lui donne divers noms : Nikar (le sourcilleux) , Svidrer (l'exterminateur), Svider (l'incendiaire), Oske (celui qui choisit les morts) , etc. Le nom d'Alfader a été donné aussi à Odin.

Alfares, génies Scandinaves. Les bons sont appelés lios ou lumineux, les méchants docks ou noirs.

Alfridarie, espèce de science qui tient de l'astrologie et qui attribue successivement quel-

1 Hector de Boë'ce, in Annalibus Scot.

2 Voyez son histoire, par M. l'abbé Jorr'y.

que influence sur la vie aux diverses planètes, chacune régnant à son tour un certain nombre d'années. Voy. Planètes.

Alfs, demi-lutins en Angleterre et dans le Nord. Voy. Elfes. »

Algol. Des astrologues arabes ont donné ce nom au diable.

Aliorumnas, sorcières qui, bannies par Fé-

limer, roi des Goths , avaient dans les déserts contracté des mariages avec les démons et furent mères des Huns, des Avares et des Hongrois.

Alice de Télieux, nonne du monastère de Saint-Pierre de Lyon, qui s'échappa de son cou- vent au commencement du seizième siècle , an un temps cette maison avait besoin de ré- forme , mena mauvaise vie et mourut misérable- ment, toutefois dans le repentir. Son âme revint après sa mort et se manifesta à la manière de ce qu'on appelle aujourd'hui les esprits frap- peurs. Cette histoire a été écrite par Adrien de Montalembert , aumônier de François Ier *.

Alkalalaï, cris d'allégresse des Kamtscha- dales; ils le répètent trois fois à la fête des ba- lais , en l'honneur de leurs trois grands dieux , Filiat-Chout-Chi , le père; Touïla, son fils, et Gaëtch, son petit-fils. La fête des balais consiste, chez ces peuples sales , à balayer avec du bou- leau le foyer de leurs cabanes.

Aliette. Voy. Etteila.

Allan-Kardec. Voy. Kardec.

Alléluia, mot hébreu qui signifie louange à Dieu. Les bonnes gens disent encore dans plu- sieurs provinces qu'on fait pleurer la sainte Vierge lorsqu'on chante alléluia pendant le ca- rême 2.

11 y avait à Chartres une singulière coutume.

1 La merveilleuse histoire de l'esprit qui depuis naguère s'est apparu au monastère des religieuses de Saint-Pierre de Lyon, etc., par Adrien de Monta- lembert, aumônier du roi François 1er. Paris, 4 528, petit in-8° gothique. Voyez cette légende résumée dans les Légendes de l'autre monde.

2 Thiers, Traité des superstitions.

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A l'époque l'on en cesse le chant, l'Alleluia était personnifié et représenté par Line toupie qu'un enfant de chœur jetait au milieu de l'église et poussait dans la sacristie avec un fouet. Cela s'appelait Y Alléluia fouetté.

On appelle trèfle de l'Alleluia une plante qui donne, vers le temps'de Pâques, une petite fleur blanche étoilée. Elle passe pour un spécifique contre les philtres.

Allix. Voici un de ces traits qui accusent l'ignorance et la légèreté des anciens juges de parlement. Allix, mathématicien, mécanicien et musicien , vivait à Aix en Provence , vers le milieu du dix-septième siècle; il fit un squelette qui , par un mécanisme caché , jouait de la gui- lare. Bonnet, dans son Histoire de la musique , page 82, rapporte l'histoire tragique de ce pauvre savant. Il mettait au cou de son squelette une guitare accordée à l'unisson d'une autre qu'il tenait lui-même dans ses mains, et plaçait les doigts 6e l'automate sur le manche; puis, par un temps calme et serein , les fenêtres et la porte étant ouvertes , il s'installait dans un coin de sa chambre et jouait sur sa guitare des passages que le squelette répétait sur la sienne. Il y a lieu de croire que l'instrument résonnait à la manière des harpes éoliennes , et que le mécanisme qui faisait mouvoir les doigts du squelette n'était pour rien dans la production des sons. (Nous citons M. Fétis 1 sans l'approuver, et nous le ren- voyons aux automates musiciens de Vaucanson, qui n'étaient pas des harpes éoliennes). Quoi qu'il en soit, poursuit le biographe, ce concert étrange causa de la rumeur parmi la population superstitieuse de la ville d'Aix ; Allix fut accusé de magie , et le parlement fit instruire son pro- cès. Jugé par la chambre de la Tournelle , il ne put faire comprendre que l'effet merveilleux de son aulomaLc n'était que la résolution d'un pro- blème mécanique. L'arrêt du Parlement le con- damna à être pendu et brûlé en place publique, avec le squelette complice de ses sortilèges ; la sentence fut exécutée en I66/4. »

Almanach. Nos ancêtres traçaient le cours des lunes pour toute l'année sur un petit mor- ceau de bois carré qu'ils appelaient al-mon-agt (observation de toutes les lunes) : telles sont, selon quelques auteurs, l'origine des almanachs et l'étymologie de leur nom.

D'autres se réclament des Arabes, chez qui al-manack veut dire le mémorial.

Les Chinois passent pour les plus anciens fai- seurs d'almanachs. Nous n'avons que douze con- stellations; ils en ont vingt-huit. Toutefois leurs almanachs ressemblent à ceux de Matthieu Laens- berg par les prédictions et les secrets dont ils sont farcis 2.

1 Biographie universelle des musiciens. 7 L'almanach de Matthieu Laensberg commença à paraître en 1636. Mais avant lui on avait déjà des

Bayle raconte l'anecdote suivante, pour faire voir qu'il se rencontre des hasards puérils qui éblouissent les petits esprits et donnent un cer- tain crédit à l'astrologie. Guillaume Marcel, pro- fesseur de rhétorique au collège de Lisieux, avait composé en latin l'éloge du maréchal de Gassion, mort d'un coup de mousquet au siège de Lens. Il était près de le réciter en public , quand on représenta au recteur de l'université que le ma- réchal était mort dans la religion prétendue ré- formée , et que son oraison funèbre ne pouvait être prononcée dans une université catholique. Le recteur convoqua une assemblée il fut résolu , à la pluralité des voix , que l'observation était juste. Marcel ne put donc prononcer son panégyrique; et les partisans de l'astrologie triomphèrent en faisant remarquer à tout le monde que , dans l'almanach de Pierre Larrivey pour cette même année 1648, entre autres pré- dictions, il se trouvait écrit en gros caractères : LATIN PERDU !

Almanach du diable, contenant des prédic- tions très-curieuses pour les années 1737 et 1738; aux Enfers, in-24- Cette plaisanterie contre les jansénistes était l'ouvrage d'un cer- tain Quesnel, joyeux quincaillier de Dijon, affublé d'un nom que le fameux appelant a tant attristé. Elle est devenue rare, attendu qu'elle fut suppri- mée pour quelques prédictions trop hardies. Nous ne la citons qu'à cause de son titre. Les jansénistes y répondirent par un lourd et stupide pamphlet dirigé contre les jésuites et supprimé également. 11 était intitulé Almanach de Dieu, dédié à M. Carré de Montgeron, pour l'année 1738, in-24; au Ciel...

Almoganenses, nom que les Espagnols don- nent à certains peuples inconnus qui, par le vol et le chant des oiseaux, par la rencontre des bêtes sauvages et par divers autres moyens , de- vinaient tout ce qui devait arriver. « Ils con- servent avec soin, dit Laurent Valla, des livres qui traitent de cette espèce de science; ils y trouvent des règles pour toutes sortes de pro- nostics. Leurs devins sont divisés en deux classes: l'une de chefs ou de maîtres, et l'autre de dis- ciples ou d'aspirants. » On leur attribue aussi l'art d'indiquer non-seulement par ont passé les chevaux et les autres bêtes de somme éga- rées, mais encore le chemin qu'auront pris une ou plusieurs personnes ; ce qui est très-utile pour la poursuite des voleurs. Les écrivains qui parlent des Almoganenses ne disent ni dans quelle pro- vince ni dans quel temps ont vécu ces utiles devins.

Almuchefi, miroir merveilleux. Voy. Bacon. Almulus (Salomon), auteur d'une explication des songes en hébreu, in-8°. Amsterdam, 1642.

annuaires de même nature. Fischer a découvert à Mayence, en 1804, un almanach imprimé pour 1457, tout à fait à la naissance de l'imprimerie.

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Alocer, puissant démon, grand-duc aux en- fers; il se montre vêtu en chevalier, monté sur un cheval énorme ; sa figure rappelle les traits

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du lion; il a le teint enflammé, les yeux ardents; il parle avec gravité ; il enseigne les secrets de l'astronomie et des arts libéraux; il domine trente-six légions.

Alogricus. Voy. Alruy.

Alomancie , divination par le sel , dont les procédés sont peu connus. C'est en raison de l'alomancie qu'on suppose qu'une salière ren- versée est d'un mauvais présage.

Alopécie, sorte de charme par lequel on fascine ceux à qui l'on veut nuire. Quelques au- teurs donnent le nom d'alopécie à l'art de nouer l'aiguillette. Voy. Ligatures.

Aloros. C'est le nom que les Chaldéens don-

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tions, il avait reçu le sceptre de la main de Dieu même en personne. Alouette. Voy. Casso.

Alp. C'est le nom que les Allemands donnent au cauchemar.

Alpes. Les Alpes, les Pyrénées et tous les pays de montagnes ont été chez nous et ailleurs les principaux foyers de magie. Voy. Sorciers.

Alphitomancie, divination par le pain d'orge. Cette divination importante est très-ancienne. Nos pères, lorsqu'ils voulaient dans plusieurs accusés reconnaître le coupable et obtenir de lui l'aveu de son crime , faisaient manger à chacun des prévenus un rude morceau de pain d'orge. Celui qui l'avalait sans peine était innocent : le criminel se trahissait par une indigestion *. C'est même de cet usage , employé dans les épreuves du jugement de Dieu , qu'est venue l'imprécation populaire : « Je veux , si je vous trompe , que ce morceau de pain. m'étrangle! »

Voici comment se pratique cette divination, qui, selon les doctes, n'est d'un effet certain que pour découvrir ce qu'un homme a de caché dans le cœur. On prend de la pure farine d'orge; on la pétrit avec du lait et du sel ; on n'y met pas de levain ; on enveloppe ce pain compacte dans un papier graissé, on le fait cuire sous la cendre; ensuite on le frotte de feuilles de verveine et on le fait manger à celui par qui on se croit trompé, et qui ne digère pas si la présomption est fondée.

Il y avait près de Lavinium un bois sacré l'on pratiquait l'alphitomancie. Des prêtres nour- rissaient dans une caverne un serpent, selon quelques-uns ; un dragon , selon d'autres. A cer- tains jours on envoyait des jeunes filles lui por- ter à manger; elles avaient les yeux bandés et allaient à la grotte , tenant à la main un gâteau fait par elles avec du miel et de la farine d'orge. « Le diable, dit Delrio, les conduisait leur droit chemin. Celle dont le serpent refusait de man- ger le gâteau n'était pas sans reproche. »

Alphonse X, roi de Castille et de Léon , sur- nommé l'astronome et le philosophe, mort en 128/t. On lui doit les Tables Alphonsines. C'est lui qui disait que, si Dieu l'avait appelé à son conseil au moment de la création , il eût pu lui donner de bons avis. Ce prince extravagant croyait à l'astrologie. Ayant fait tirer l'horoscope de ses enfants , il apprit que le cadet serait plus heureux que l'aîné , et il le nomma son succes- seur au trône. Mais, malgré la sagesse de cet homme, qui se jugeait capable de donner des conseils au Créateur, l'aîné tua son frère cadet, mit son père dans une étroite prison et s'empara de la couronne ; toutes choses que sa science ne lui avait pas révélées.

Alpiel, ange ou démon qui, selon le Talmucl, a l'intendance des arbres fruitiers.

naient à leur premier roi; et, selon leurs tradi-

1 Delrio . quaest. vu.

Disquisit. magie, lib. IV, cap. n

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Alrinach, démon de l'Occident, que les dé- monographes font présider aux tempêtes, aux tremblements de terre, aux pluies, à la grêle, etc. C'est souvent lui qui submerge les navires. Lors- qu'il se rend visible , il paraît sous les traits et les habits d'une femme.

Alphonse X.

Alrunes , démons succubes ou sorcières qui furent mères des Huns. Elles prenaient toutes sortes de formes , mais ne pouvaient changer de sexe. Chez les Scandinaves, on appelait alrunes des sortes de fétiches nommés ailleurs Mandra- gores. Voy. ce mot.

Alruy (David), imposteur juif qui, en 1199, se prétendant de la race de David, se vanta d'être le Messie destiné à ramener les Juifs dans Jérusalem. Le roi de Perse le fit mettre en prison ; mais on voit dans Benjamin de Tudèle, qui le cite, qu'il s'échappa en se rendant invisible. Il ne daigna se remontrer qu'aux bords de la mer. Là, il étendit son écharpe sur l'eau, planta ses pieds dessus et passa la mer avec une légèreté in- croyable , sans que ceux qu'on envoya avec des bateaux à sa poursuite le pussent arrêter. Cela le mit en vogue comme grand magicien. Mais enfin le scheik Aladin, prince turc, sujet du roi de Perse, fit tant à force d'argent, avec le beau-père de David Alruy ou Alroy, lequel beau- père était peu délicat , que le prétendu Messie fut poignardé dans son lit. « C'est toujours la fin de telles gens, dit Leloyer; et les magiciens juifs

n'en ont pas meilleur marché que les autres ma- giciens, quoi que leur persuadent leurs talmu- distes, qu'ils sont obéis de l'esprit malin. Car c'est encore une menterie du Talmud des Juifs , qu'il n'est rien de difficile aux sages , maîtres et savants en leurs lois , que les esprits d'enfer et célestes leur cèdent , et que Dieu même blas- phème !) ne leur peut résister » Ce magi- cien est appelé encore dans de vieux récits Alogricus. Il est enterré dans une île mystérieuse de l'Inde 2.

Altangatufun, idole des Kalmouks, qui avait le corps et la tête d'un serpent, avec quatre pieds de lézard. Celui qui porte avec vénération son image est invulnérable dans les combats. Pour en faire l'épreuve, un khan fit suspendre cette idole attachée à un livre , et l'exposa aux coups des plus habiles archers ; leurs traits ne purent atteindre le livre, qu'ils percèrent au contraire dès que l'idole en fut détachée. C'est une légende de Cosaques.

Alveromancie ou Aleuromancie, Voy. ce mot.

Amadeus, visionnaire qui crut connaître par révélation deux psaumes d'Adam : le premier, composé en transport de joie à la création de la femme ; le second , en triste dialogue avec Eve après la chute 3.

Amaimon. Voy. Amoymon.

Amalaric, roi d'Espagne, qui épousa la prin-

cesse Clo tilde , sœur du roi des Francs Childe- bert. La pieuse reine, n'approuvant pas les excès

1 Leloyer, Discours des spectres, liv. IV, ch. iv.

2 Voyez Corbeau. L'histoire d' Alruy est plus éten- due dans les Légendes de l'Ancien Testament.

3 Ces deux psaumes sont imprimés dans le Codex pseudepigraphus Veteris Testamenti de Fabricius.

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de son mari, tombé dans l'arianisme , le barbare, après d'autres mauvais traitements, lui fit crever les yeux. Clotilde envoya à son frère un mou- choir teint de son sang, et Ghildebert marcha aussitôt avec une armée contre Amalaric. La justice des hommes fut prévenue par la justice éternelle. Tandis que le bourreau de Clolilde s'avançait au-devant des Francs , il tomba percé d'un trait lancé par une main invisible. Des lé- gendaires ont écrit que cette mort était l'ouvrage du diable ; mais le trait ne venait pas d'en bas *.

Amalarie (Madeleine), sorcière qui allait au sabbat, et qui, chargée de onze homicides, fut mise à mort à soixante-quinze ans dans la ba- ronnie de la Trimouille, à la fin du seizième siècle 2.

Amane. Le soleil , sans doute. C'était le dieu d'une secte des Parsis , qui l'honoraient par un feu perpétuel.

Amant (Jean d'), médecin empoisonneur qui fut accusé de magie et signalé à l'évêque de Fréjus au treizième siècle. 11 avait une méde- cine empirique au moyen de laquelle il se van- tait de pouvoir allonger la vie ou la raccourcir. Nous ignorons ce qu'il advint de lui.

Amarante, fleur que l'on admet parmi les symboles de l'immortalité. Les magiciens attri- buent aux couronnes faites d'amarante de grandes propriétés , et surtout la vertu de con- cilier les faveurs et la gloire à ceux qui les portent.

Amazeroth. Reginald Scott, qui a fait, comme Wierus, un dénombrement des puissances de l'enfer, cite Amazeroth comme un duc, ayant soixante légions sous ses ordres.

Amasis. Hérodote raconte qu'Amasis , roi d'Egypte, eut l'aiguillette nouée , et qu'il fallut employer les plus solennelles imprécations de la magie pour rompre le charme. Voy. Ligatures.

Amazones, nation de femmes guerrières, dont Strabon regarde à tort l'existence comme une fable. François de Torre-Blanca dit 3 qu'elles étaient sorcières ; ce qui est plus hasardé. Elles se brûlaient la mamelle droite pour mieux tirer de l'arc ; et le père Ménestrier croit que la Diane d'Éphèse n'était ornée de tant de mamelles qu'à cause que les Amazones lui consacraient celles qu'elles se retranchaient. On dit que cette répu- blique sans hommes habitait la Cappadoce et les bords du Thermodon. Les modernes ont cru re- trouver des peuplades d'Amazones en voyant des femmes armées sur les bords du Maragnon, qu'on a nommé pour cela le fleuve des Amazones. Des

1 Lambertini . de Cruz-Houen , Theatrum regium Hispanicum, ad ann. 510.

2 Rikius, Disc, sommaire des sortilèges, vénéfices, idolâtries , tirés des procès criminels jugés au siège roval de Montmorillon, en Poitou, la présente an- née 4 599, p. 29.

3 Epist. delict., sive De magia, lib. I, cap. vin.

missionnaires en placent une nation dans les Philippines, et Thévenot une autre dans la Min- grélie. Mais, dit-on, une république de femmes ne subsisterait pas six mois , et ces États mer- veilleux ne sont que des fictions inventées pour récréer l'imagination. Cependant, un curieux passage nous est fourni par les explorations ré- centes de M. Texier dans l'Asie Mineure : il a découvert une enceinte de rochers naturels, aplanis par l'art, et sur les parois de laquelle on a sculpté une scène d'une importance majeure dans l'histoire de ces peuples. Elle se compose de soixante figures, dont quelques-unes sont co- lossales. On y reconnaît l'entrevue de deux rois qui se font mutuellement des présents.

Dans l'un de ces personnages, qui est barbu ainsi que toute sa suite, et dont l'appareil a quel- que chose de rude, le voyageur avait d'abord cru distinguer le roi de Paphlagonie; et dans l'autre, qui est imberbe ainsi que les siens, il voyait le roi de Perse, monté sur un lion et en- touré de toute la pompe asiatique. Mais en com- muniquant ses dessins et ses conjectures aux antiquaires de Smyrne, qu'il a trouvés fort in- struits, M. Texier s'est arrêté à l'opinion que cette scène remarquable représentait l'entrevue annuelle des Amazones avec le peuple voisin, qui serait les Leuco-Syriens ; et la ville voisine, le témoignage des géographes l'avait empêché de reconnaître Ta via, serait Thémiscyre , capitale de ce peuple.

Ambrosius ou Ambroise, roi d'Angleterre. Voy. Mkrlin.

Amduscias, grand-duc aux enfers. Il a la

forme d'une licorne;- mais lorsqu'il est évoqué, il se montre sous une figure humaine. 11 donne des concerts, si on les lui commande ; on entend alors, sans rien voir, le son des trompettes et des autres instruments de musique. Les arbres s'inclinent à sa voix. Il commande vingt- neuf légions.

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Ame. Tons les peuples ont reconnu l'immor- talité de l'âme. Les hordes les plus barbares ne l'ont jamais été assez pour se rabaisser jusqu'à la brute. La brute n'est attachée qu'à la terre : l'homme seul élève ses regards vers un plus no- ble séjour. L'insecte est à sa place dans la na- ture ; l'homme n'est pas à la sienne.

La conscience , le remords , ce désir de péné- trer dans un avenir inconnu, ce respect que nous portons aux tombeaux, cet effroi de l'autre monde , cette croyance aux âmes qui ne se dis- tingue que dans l'homme, tout nous instruirait déjà quand même la révélation ne serait pas pour repousser nos doutes. Les matérialistes, qui, voulant tout juger par les yeux du corps, nient l'existence de l'âme parce qu'ils ne la voient point, ne voient pas non plus le sommeil ; ils ne voient pas le vent; ils ne comprennent pas la lumière , ni l'électricité, ni cent mille autres faits que pourtant ils ne peuvent nier.

On a cherché de tout temps à définir ce que c'est que l'âme , ce rayon , ce souffle de la Divi- nité. Selon les uns, c'est la conscience, c'est l'esprit; selon d'autres, c'est cet espoir d'une autre vie qui palpite dans le cœur de tous les hommes. C'est, dit Léon l'Hébreu, le cerveau avec ses deux puissances , le sentiment et le mouvement volontaire. C'est une flamme, a dit un autre. Dicéarque affirme que l'âme est une harmonie et une concordance des quatre élé- ments.

Quelques-uns sont allés loin, et ont voulu con- naître la figure de l'âme. Un savant a même prétendu, d'après les dires d'un revenant, qu'elle ressemblait à un vase sphérique de verre poli, qui a des yeux de tous les côtés 1 .

L'âme, a-t-on dit encore, est comme une va- peur légère et transparente qui conserve la fi- gure humaine. Un docteur talmudique , vivant dans un ermitage avec son fils et quelques amis, vit un jour l'âme d'un de ses compagnons qui se détachait tellement de son corps, qu'elle lui fai- sait déjà ombre à la tête. Il comprit que son ami allait mourir, et lit tant par ses prières, qu'il ob- tint que cette pauvre âme rentrât dans le corps qu'elle abandonnait, a Je crois de cette bourde ce qu'il faut en croire, dit Leloyer2, comme de toutes les autres bourdes et baveries des rab- bins. »

Les Juifs se persuadent, au rapport du Hol- landais Hoornbeeck , que les âmes ont toutes été créées ensemble, et par paires d'une âme d'homme et d'une âme de femme ; de sorte que les mariages sont heureux et accompagnés de douceur et de paix, lorsqu'on se marie avec l'âme à laquelle on a été accouplé dès le commence- ment ; mais ils sont malheureux dans le cas con-

1 Voyez Gontran, dont l'âme avait l'apparence d'une belette.

2 Leloyer, Dict. et hist. des spectres, liv. IV, ch. i.

traire. On a à lutter contre ce malheur, ajoute- t-il , jusqu'à ce qu'on puisse être uni , par un se- cond mariage, à l'âme dont on a été fait le pair dans la création ; et cette rencontre est rare.

Philon, Juif qui a écrit aussi sur l'âme , pense que , comme il y a de bons et de mauvais anges , il y a aussi de bonnes et de mauvaises âmes , et que les âmes qui descendent dans les corps y apportent leurs qualités bonnes ou mauvaises. Toutes les innovations des hérétiques et des phi- losophes, et toutes les doctrines qui n'ont pas leur base dans les enseignements de l'Église, brillent par de semblables absurdités.

Les musulmans disent que les âmes demeu- rent jusqu'au jour du jugement dans le tombeau, auprès du corps qu'elles ont animé. Les païens croyaient que les âmes, séparées de leurs corps grossiers et terrestres, conservaient après la mort une forme plus subtile et plus déliée de la figure du corps qu'elles quittaient , mais plus grande et plus majestueuse; que ces formes étaient lumineuses et de la nature des as- tres ; que les âmes gardaient de l'incli- nation pour les choses qu'elles avaient ai- mées pendant leur vie, et que souvent elles se montraient autour de leurs tom- beaux. Quand l'âme de Patrocle se leva devant Achille, elle avait sa voix, sa taille, ses yeux , ses habits, du moins en appa- rence, mais non pas son corps palpable.

Origène trouve que ces idées ont une source respectable, et jque les âmes doivent avoir en effet une consistance, mais sub- tile ; il se fonde sur ce qui est dit dans l'é- vangile de Lazare et du mauvais riche, qui ont tous deux des formes, puisqu'ils se parlent et se voient, et que le mauvais riche demande une goutte d'eau pour rafraîchir sa langue. Saint Irénée , qui est de l'avis d'Origène , conclut du même exemple que les âmes se souviennent après la mort de ce qu'elles ont fait en cette vie.

Dans la harangue que fit Titus à ses soldats pour les engager à monter à l'assaut de la tour Antonia, au siège de Jérusalem, on remarque une opinion qui est à peu près celle des Scandi- naves. Vous savez , leur dit-il , que les âmes de

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ceux qui meurent à la guerre s'élèvent jusqu'aux ] vêtus de blanc , qui s'avançaient du côté de l'O-

astres, et sont reçues dans les régions supé- rieures , d'où elles apparaissent comme de bons génies ; tandis que ceux qui meurent dans leur lit, quoique ayant vécu dans la justice, sont plon- gés sous terre dans l'oubli et les ténèbres *.

Il y a parmi les Siamois une secte qui croit que les âmes vont et viennent elles veulent après la mort: que celles des hommes qui ont bien vécu acquièrent une nouvelle force, une vigueur extraordinaire, et qu'elles poursuivent, attaquent et maltraitent celles des méchants partout elles les rencontrent. Platon dit, dans le neuvième livre de ses Lois, que les âmes de ceux qui ont péri de mort violente poursuivent avec fureur, dans l'autre monde, les âmes de leurs meurtriers. Cette croyance s'est reproduite souvent et n'est pas éteinte partout.

Les anciens pensaient que toutes les âmes pouvaient revenir après la mort, excepté les âmes des noyés. Servius en dit la raison : c'est que l'âme, dans leur opinion, n'était autre chose qu'un feu, qui s'éteignait dans l'eau ; comme si le matériel pouvait détruire le spirituel.

On sait que la mort est la séparation de l'âme d'avec le corps. C'est une opinion de tous les

rient. Cette troupe défila depuis le matin jusqu'à trois heures après midi. Mais sur le soir elle di- minua considérablement. Tous les bourgeois montèrent sur les murailles, craignant que ce ne fussent des troupes ennemies ; ils les virent pas- ser avec une extrême surprise. Un citadin , plus résolu que les autres , sortit de la ville ; remar- quant dans la foule mystérieuse un homme de sa connaissance, il l'appela par son nom et lui de- manda ce que voulait dire cette multitude de pèlerins. L'homme blanc lui répondit: « Nous sommes des âmes qui, n'ayant point expié tous nos péchés et n'étant pas encore assez pures, allons ainsi dans les lieux saints, en esprit de pénitence ; nous venons de visiter le tombeau de saint Martin, et nous allons à Notre-Dame de Farf e 1 . »

Le bourgeois de Narni fut tellement effrayé de cette vision, qu'il en demeura malade pendant un an. Toute la ville de Narni, disent de sé- rieuses relations , fut témoin de cette procession merveilleuse, qui se fit en plein jour.

N'oublions pas, à propos du sujet qui nous occupe, une croyance très-répandue en Allema- gne : c'est qu'on peut vendre son âme au diable.

temps et de tous les peuples que les âmes en Dans tous les pactes faits avec l'esprit des ténè-

quittant ce monde passent dans un autre, meil- leur ou plus mauvais, selon leurs œuvres. Les anciens donnaient au batelier Caron la charge de conduire les âmes au séjour des ombres. On trouve une tradition analogue à cette croyance chez les vieux Bretons. Ces peuples plaçaient le séjour des âmes dans une île qui doit se trouver entre l'Angleterre et l'Islande. Les bateliers et pêcheurs , dit Tzetzès, ne payaient aucun tribut, parce qu'ils étaient chargés de la corvée de passer

bres, celui qui s'engage vend son âme. Les Alle- mands ajoutent même qu'après cet horrible mar- ché le vendeur n'a plus d'ombre. On conte à ce propos l'histoire d'un étudiant qui fit pacte avec le diable pour devenir l'époux d'une jeune dame dont il ne pouvait obtenir la main. Il y réussit en vertu du pacte. Mais au moment de la cé- lébration du mariage , un rayon de soleil frappa les deux époux qu'on allait unir ; on s'aperçut avec effroi que le jeune homme n'avait pas d'om-

les âmes ; et voici comment cela se faisait : Vers ! bre : on reconnut qu'il avait vendu son âme, et

minuit, ils entendaient frapper à leur porte; ils suivaient sans voir personne jusqu'au rivage ; ils trouvaient des navires qui leur semblaient vides, mais qui étaient chargés d'âmes ; ils les conduisaient à l'Ile des Ombres, ils ne voyaient rien encore; mais ils entendaient les âmes an- ciennes qui venaient recevoir et complimenter les nouvelles débarquées ; elles se nommaient parleurs noms, reconnaissaient leurs parents, etc. Les pêcheurs, d'abord étonnés, s'accoutumaient à ces merveilles et reprenaient leur chemin. Ces transports d'âmes , qui pouvaient bien ca- cher une sorte de contrebande, n'ont plus lieu depuis que le Christianisme est venu apporter la vraie lumière.

tout fut rompu.

Généralement les insensés qui vendent leur âme font leurs conditions, et s'arrangent pour vivre un certain nombre d'années après le pacte. Mais si on vend sans fixer de terme, le diable, qui est pressé de jouir, n'est pas toujours délicat ; et voici un trait qui mérite attention :

Trois ivrognes s'entretenaient, en buvant, de l'immortalité de l'âme et des peines de l'enfer. L'un d'eux commença à s'en moquer, et dit là- dessus des stupidités dignes de la circonstance. C'était dans un cabaret de village. Cependant survient un homme de haute stature, vêtu gra- vement, qui s'assied près des buveurs et leur demande de quoi ils rient. Le plaisant villageois

On a vu parfois, s'il faut recevoir tous les ré- le met au fait, ajoutant qu'il fait si peu de cas

cits des chroniqueurs, des âmes errer par troupes. Dans le onzième siècle , on vit passer près de la ville de Narni une multitude infinie de gens

1 Josèphe, De belîo jud., liv. YI, cap. i, cité par D. Calmet, première partie du Traité des apparitions, ch. xvi.

de son âme , qu'il est prêt à la vendre au plus offrant et à bon marché, et qu'ils en boiront l'argent. « Et combien me la veux-tu vendre ? » dit le nouveau venu. Sans marchander, ils con-

1 De cura pro mortuis, cité par D. Calmet, pre- mière partie, ch. xiv.

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viennent du prix ; l'acheteur en compte l'argent, et ils le boivent. C'était joie jusque-là. Mais, la nuit venant, l'acheteur dit : « II est temps, je pense, que chacun se retire chez soi ; celui qui a acheté un cheval a le droit de l'emmener. Vous permet- trez donc que je prenne ce qui est à moi. » Or, ce disant , il empoigne son vendeur tout trem- blant , et l'emmène il n'avait pas cru aller si vite ; de telle sorte que jamais plus le pays n'en ouït nouvelles *. Voy. Mort.

Ame damnée. On donne ce nom, à Constan- tinople, à l'alcyon voyageur, qui est très-com- mun dans ce pays. Quelque rapide que soit son vol, il n'est jamais accompagné d'aucun bruit. On ne le voit jamais se poser, ni chercher, ni pren- dre sa nourriture. Il a le dos noir, le ventre blanc. Il plane toute la journée sur le Bosphore,

et ne s'en écarte rarement que pour y revenir avec précipitation.

Ame des bêtes. Dans un petit ouvrage très- spirituel sur Y âme des bêtes, un père jésuite a ingénieusement développé cette singulière idée de quelques philosophes anciens, que les bêtes étaient animées par les démons les moins cou- pables, qui faisaient ainsi leur expiation. Voy. Albigeois.

Ame du monde. « La force, sans cesse chan- geante, du sein de laquelle s'épanchent et se pré- cipitent sur nous tant de merveilles , c'est Y âme du monde, » nous dit Cornélius Agrippa, le grand héritier de l'Ecole d'Alexandrie, et cette âme féconde toute chose , tout être que la nature en- fante ou que façonne l'art ! Elle le féconde en y infusant ses propriétés célestes. Arrangées selon

Les trois

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la formule que la science enseigne , ces choses reçoivent le don de nous communiquer leurs vertus, il suffit alors de les porter sur soi pour qu'elles opèrent sur le corps et sur l'âme. Tout aussitôt vous les sentez produire en vous la ma- ladie ou la santé, l'audace ou la peur, la tristesse ou la joie , et nous devenons par elles tantôt un objet de faveur et d'amour, tantôt un objet de haine, d'horreur et d'abomination2. « Ainsi, ajoute M. le chevalier Gougenot des Mousseaux, que nous transcrivons ici3, l'âme du monde, la

1 II se publie en ce moment (4 862) à Genève un journal dont voici le titre : « Journal de l'âme, s'oc- cupant essentiellement des phénomènes d'intuition ou de sentiment, et en particulier de ceux relatifs à la prière, aux songes, à la contemplation, à l'extase, aux visions, à la lucidité magnétique , à l'instinct des animaux, aux phénomènes des tables, à ceux du crayon , etc. » Les protestants commencent donc à croire au delà de leur Bible?

2 De philosophia occulta, Cornélius Agrippa, p. 65, 239, etc.

3 La magie au dix-neuvième siècle, p. 210, 214.

grande force universelle et fluidique, devient sous nos doigts l'âme des talismans et des charmes du magné tisme ou de la sorcellerie ! Quel autre trait nous peindra plus au vif sa nature !. .. »

Amenon. Les Chaldéens comptaient ce héros parmi leurs rois. Ils disaient qu'il a régné douze sares. Or, s'il faut en croire les doctes, le sare est de trois mille six ans. Ce qui ferait un règne assez long.

Améthyste, pierre précieuse d'un violet foncé, autrefois la neuvième en ordre sur le pectoral du grand prêtre des Juifs. Une vieille opinion populaire lui attribue la vertu de garantir de l'ivresse.

Amiante, espèce de pierre incombustible, que Pline et les démonographes disent excellente contre les charmes de la magie *.

Amilcar , général carthaginois. Assiégeant Sy- racuse, il crut entendre, pendant son sommeil, une voix qui l'assurait qu'il souperait le lende-

1 Delancre, De l'inconstance, etc., liv. IV, dise. m.

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main dans la ville. En conséquence, il fit donner l'assaut de bon matin, espérant enlever Syracuse et y souper, comme le lui promettait son rêve. Il fut pris par les assiégés et y soupa en effet, non pas en vainqueur, ainsi qu'il s'y était at- tendu, mais en captif, ce qui n'empêcha pas le songe d'avoir prédit juste1.

Hérodote conte encore qu'Amilcar, vaincu par Gélon, disparut vers la fin de la bataille, et qu'on ne le retrouva plus , si bien que les Carthaginois le mirent au rang de leurs dieux et lui offrirent des sacrifices.

Ammon. Voy. Jupiter-Ammon.

Amniomancie, divination sur la coiffe ou membrane qui enveloppe quelquefois la tête des enfants naissants, ainsi nommée de cette coiffe que les médecins appelaient en grec amnios. Les sages-femmes prédisaient le sort futur du nou- veau-né par l'inspection de cette coiffe; elle an- nonçait d'heureuses destinées si elle était rouge, et des malheurs si elle présentait une couleur plombée. Voy. Coiffe.

Amon, ou Aamon, grand et puissant marquis de l'empire infernal. Il a la figure d'un loup, avec une queue de serpent ; il vomit de la flamme ; lorsqu'il prend la forme humaine , il n'a de l'homme que le corps; sa tête ressemble à celle d'un hibou et son bec laisse voir des dents ca-

nines très-effilées. C'est le plus solide des princes des démons. Il sait le passé et l'avenir, et récon- cilie, quand il le veut, les amis brouillés. Il com- mande à quarante légions.

Les Égyptiens voyaient dans Amon ou Amoun leur Dieu suprême; ils le représentaient avec la peau bleue, sous une forme assez humaine.

Amour. Parmi les croyances superstitieuses qui se rattachent innocemment à l'amour, nous citerons celle-ci , qu'un homme est générale- ment aimé quand ses cheveux frisent naturelle- ment. A Roscoff, en Bretagne, les femmes, après

1 Yalère-Maxime.

la messe, balayent la poussière de la chapelle de la Sainte-Union, la soufflent du côté par lequel leurs époux ou leurs fiancés doivent revenir, et se flattent, au moyen de cet inoffensif sortilège, de fixer le cœur de celui qu'elles aiment1. Dans d'autres pays, on croit stupidement se faire ai- mer en attachant à son cou certains mots sépa- rés par des croix. Voy. €|? Philtres. Voy, aussi Rhom-

il y a eu des amants i/ |\ entraînés par leurs pas- MSjjfc sions qui se sont donnés ylY\! t au démon pour être heu- fJ §ÊmM reux- On conte qu'un va! et /J jB|PB__ vendit son âme au diable .^^^f ' à condition qu'il devien- ^^s^^rr- drait l'époux de la fille de son maître, ce qui le rendit le plus infortuné des hommes 2.

On attribue aussi à l'inspiration des démons certaines amours monstrueuses, comme la pas- sion de Pygmalion pour sa statue. Un jeune homme devint pareillement éperdu pour la Vé- nus de Praxitèle; un Athénien se tua de déses- poir aux pieds de la statue de la Fortune v qu'il trouvait insensible. Ces traits ne sont que des folies déplorables, pour ne pas dire plus.

Amoymon, ou Amaimon, l'un des quatre rois de l'enfer, dont il gouverne la partie orien- tale. On l'évoque le matin , de neuf heures à midi, et le soir de trois à six heures. Asmodée est son lieutenant et le premier prince de ses États3.

Amphiaraùs, devin de l'antiquité, qui se ca- cha pour ne pas aller à la guerre de Thèbes, parce qu'il avait prévu qu'il y mourrait; ce qui eut lieu lorsqu'on l'eut découvert et forcé à s'y rendre. Mais on ajoute qu'il ressuscita. On lui éleva un temple dans l'Attique, près d'une fon- taine sacrée par laquelle il s'était glissé en reve- nant des enfers.

Il guérissait les malades en leur indiquant des remèdes dans des songes, comme font de nos jours ceux qui pratiquent le somnambulisme magnétique. Il rendait aussi par ce moyen des oracles, moyennant argent. Après les sacrifices, le consultant s'endormait sur une peau de mou- ton, et il lui venait un rêve qu'on savait toujours interpréter après l'événement. On lui attribue des prophéties écrites en vers, qui ne sont pas venues jusqu'à nous. Il inventa la pyromancie. Voy. ce mot.

Amphiloque, devin qui, après sa mort, rendit des oracles en Cilicie.

Amphion. Pausanias , Wierus et beaucoup

1 Voyage de M. Cambry dans le Finistère, t. I.

2 Voyez à ce propos, dans les Légendes infernales : Un pacte à Césarée.

3 Wierus, in Pseudomonarchia dœm.

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d'autres mettent Amphion au rang des habiles magiciens, parce qu'il rebâtit les murs de Thèbes au son de sa lyre.

Amphisbène , serpent auquel on attribue deux têtes aux deux extrémités, par lesquelles il mord également. Le docteur Brown a combattu cette erreur, que Pline avait adoptée. « On ne nie point, dit Brown \ qu'il n'y ait eu quelques serpents à deux têtes, dont chacune était à l'extrémité op- posée. Nous trouvons dans Aldrovandi un lézard de cette même forme, et tel était peut-être l'amphisbène dont Cassien du Puy montra la figure au savant Faber. Cela arrive quelquefois aux animaux qui font plusieurs petits à la fois, et surtout aux serpents, dont les œufs étant at- tachés les uns aux autres, peuvent s'unir sous diverses formes et s'éclore de la sorte. Mais ce sont des productions monstrueuses, contraires à cette loi suivant laquelle toute créature en- gendre son semblable, et qui sont marquées comme irrégulières dans le cours général de la nature. Nous douterons donc que l'amphisbène soit une race de serpents à deux têtes, jusqu'à ce que le fait soit confirmé. »

Amrita. Breuvage de l'immortalité chez les Hindous. Leurs dieux ont été mortels pendant dix mille ans, à la suite desquels ils ont trouvé le moyen de faire l'amrita, ce qui les a placés hors des atteintes de la mort.

Amschaspands. Génies du premier ordre chez les Persans. Ils sont au nombre de six , et ont pour chef Ormusd ou Ormouzd. Ils président avec lui aux sept planètes.

Amulette, préservatif. On appelle ainsi cer- tains remèdes superstitieux que l'on porte sur soi ou que l'on s'attache au cou pour se préserver de quelque maladie ou de quelque danger. Les Grecs les nommaient phylactères, les Orientaux, talismans. C'étaient des images capricieuses (un scarabée chez les Égyptiens) , des morceaux de parchemin, de cuivre, d'étain, d'argent, ou en- core des pierres particulières l'on avait tracé certains caractères ou certains hiéroglyphes.

Comme cette superstition est née d'un atta- chement excessif à la vie et d'une crainte pué- rile de tout ce qui peut nuire, le Christianisme n'est venu à bout de la détruire que chez les fidèles2. Dès les premiers siècles de l'Église, les Pères et les conciles défendirent ces pratiques du paganisme. Ils représentèrent les amulettes comme un reste idolâtre de la confiance qu'on avait aux prétend us génies gouverneurs du monde. Le curé Thiers3 a rapporté un grand nombre de passages des Pères à ce sujet, et les canons de plusieurs conciles.

Les lois humaines condamnèrent aussi l'usage des amulettes. L'empereur Constance défendit

1 Essai sur les erreurs, liv. III, ch. xv.

2 Bergier, Dictionnaire théoîogique.

3 Traité des superstitions , liv. V, ch. i.

d'employer les amulettes et les charmes à la gué- rison des maladies. Cette loi, rapportée par Am- mien Marcellin, fut exécutée si sévèrement, que Valentinien fit punir de mort une vieille femme qui ôtait la fièvre avec des paroles charmées, et qu'il fit couper la tête à un jeune homme qui touchait un certain morceau de marbre en pro- nonçant sept lettres de l'alphabet pour guérir le mal d'estomac.

Mais comme il fallait des préservatifs aux es- prits fourvoyés, qui sont toujours le plus grand nombre, on trouva moyen, d'éluder la loi. On fit des amulettes avec des morceaux de papier char- gés de versets de l'Écriture sainte. Les lois se montrèrent moins rigides contre cette coutume, et on laissa aux prêtres le soin d'en modérer les abus.

Les Grecs modernes , lorsqu'ils sont malades , écrivent le nom de leur infirmité sur un papier triangulaire qu'ils attachent à la porte de leur chambre. Ils ont grande foi à cette amulette.

Quelques personnes portent sur elles le com- mencement de l'Évangile de saint Jean comme un préservatif contre le tonnerre; et, ce qui est as- sez particulier, c'est que les Turcs ont confiance à cette même amulette , si l'on en croit Pierre Leloyer.

Une autre question est de savoir si c'est une superstition de porter sur soi les reliques des saints, une croix, une image, une chose bénite par les prières de l'Église, un A g nus Dci, etc., et si l'on doit mettre ces choses au rang des amulettes, comme le prétendent les protestants. Nous reconnaissons que si l'on attribue à ces choses la vertu surnaturelle de préserver d'acci- dents, de mort subite, de mort dans l'état de péché, etc., c'est une superstition. Elle n'est pas du même genre que celle des amulettes , dont le prétendu pouvoir ne peut pas se rapporter à Dieu ; mais c'est ce que les théologiens appellent une vaine observance, parce que l'on attribue à des choses saintes et respectables un pouvoir que Dieu n'y a point attaché. Un chrétien bien instruit ne les envisage point ainsi; il sait que les saints ne peuvent nous secourir que par leurs prières et par leur intercession auprès de Dieu. C'est pour cela que l'Église a décidé qu'il est utile et louable de les honorer et de les invoquer. Or c'est un signe d'invocation et de respect à leur égard de porter sur soi leur image ou leurs reliques; de même que c'est une marque d'af- fection et de respect pour une personne que de garder son portrait ou quelque chose qui lui ait appartenu. Ce n'est donc ni une vaine obser- vance ni une folle confiance d'espérer qu'en considération de l'affection et du respect que nous témoignons à un saint, il intercédera et priera pour nous. Il en est de même des croix et des A g nus Dei{.

1 Bergier. Dictionnaire théoîogique.

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On lit dans Thyraeus1 qu'en 1568, dans le du- ché de Juliers , le prince d'Orange condamna un prisonnier espagnol à mourir; que ses soldats l'attachèrent à un arbre et s'efforcèrent de le tuer à coups d'arquebuse ; mais que leurs balles ne l'atteignirent point. On le déshabilla pour s'assurer s'il n'avait pas sur la peau une armure qui arrêtât le coup ; on trouva une amulette por- tant la figure d'un agneau: on la lui ôta, et le premier coup de fusil l'étendit roide mort.

On voit dans la vieille chronique de don Ur- sino que quand sa mère l'envoya, tout petit enfant qu'il était, à Saint-Jacques de Compostelle, elle lui mit au cou une amulette que son époux avait arrachée à un chevalier maure. La vertu de cette amulette était d'adoucir la fureur des bêtes cruelles. En traversant une forêt, une ourse enleva le petit prince des mains de sa nourrice et l'emporta dans sa caverne. Mais, loin de lui faire aucun mal , elle l'éleva avec ten- dresse ; il devint par la suite très-fameux sous le nom de don Ursino, qu'il devait à l'ourse, sa nourrice sauvage , et il fut reconnu par son père , à qui la légende dit qu'il succéda sur le trône de Navarre.

Les nègres croient beaucoup à la puissance des amulettes. Les bas Bretons leur attribuent le pouvoir de repousser le démon. Dans le Finis- tère , quand on porte un enfant au baptême , on lui met au cou un morceau de pain noir, pour éloigner les sorts et les maléfices que les vieilles sorcières pourraient jeter sur lui 2. Voy. Alès.

Amy, grand président aux enfers, et l'un des princes de la monarchie infernale. Il paraît là- bas environné de flammes , mais il affecte sur la terre des traits humains. Il enseigne les secrets de l'astrologie et des arts libéraux ; il donne de bons domestiques ; il découvre à ses amis les trésors gardés par les démons ; il est préfet de trente-six légions. Des anges déchus et des puis- sances sont sous ses ordres. Il espère qu'après deux cent mille ans il retournera dans le ciel

1 Disp. de dœmoniac, pars III, cap. xlv.

2 On lit dans les observations de Thomas Campbell sur Alger : « Il y a dans l'Algérie quelques Maures et quelques Juifs qui se prétendent docteurs , et des femmes qui se disent accoucheuses. Mais les médecins et les chirurgiens du pays ne savent pas un mot d'anatomie ; ils ignorent jusqu'au nom des drogues qu'ils prennent à tort et à travers. En chirurgie, ils ne savent pas même manier la lancette. En médecine, ils viennent au secours d'une colique , de la pierre et de la pleurésie, par l'application d'un fer rouge sur la partie souffrante : ce traitement force souvent le patient à crier qu'il est guéri, afin qu'on cesse le remède. Ils saignent avec un rasoir, et arrêtent les hémorrhagies avec de la poixî Le docteur Abernethy, dans une leçon sur le goitre , disait qu'il ne savait comment guérir cette maladie , et que peut-être la meilleure ordonnance serait de siffler. Il est possible, en vérité, que les amulettes données aux Algériens par leurs marabouts soient les remèdes les plus in- nocents de leur pharmacie. »

pour y occuper le septième trône ; ce qui n'est pas croyable , dit Wierus *.

Amyraut (Moïse), théologien protestant, dans l'Anjou en 1 596, mort en 1664. On lui doit un Traité des songes, aujourd'hui peu recherché.

Anabaptistes , secte née de Luther, qui re- baptisait; ce que signifie son nom. Voy. Jean de Leyde et Muncer.

Anagramme. Il y eut des gens , surtout dans les quinzième et seizième siècles , qui préten- daient trouver des sens cachés dans les mots qu'ils décomposaient , et une divination dans les anagrammes. On cite comme une des plus cu- rieuses celle que l'on fit sur le meurtrier de Henri III, Frère dit Jacques Clément, l'on trouve : C'est l'enfer qui m'a créé. Deux reli- ligieux en dispute , le père Proust et le père & Orléans, faisaient des anagrammes; le père Proust trouva dans le nom de son confrère : VAsne d'or, et le père d'Qrléans découvrit dans celui du père Proust : Pur sot. ,

Un nommé André Pujon, de la haute Auvergne, passant par Lyon pour se rendre à Paris, rêva la nuit que l'anagramme de son nom était : pendu à Riom. En effet, on ajoute que le lendemain il s'éleva une querelle entre lui et un homme de son auberge, qu'il tua son adversaire, et qu'il fut pendu huit jours après sur la place publique de Riom. C'est un vieux conte renouvelé. On voit dans Delancre 2 que le pendu s'appelait Jean de Pruom , dont l'anagramme est la même.

J.-B. Rousseau, qui ne voulait pas reconnaître son père, parce que ce n'était qu'un humble cordonnier, avait pris le nom de Verniettes, dont l'anagramme fut faite ; on y trouva : Tu te renies. On fit de Pierre de Ronsard rose de Pindare , L'anagramme de monde est démon; l'anagramme d'Amiens, en amis; celle de Lamartine , mal t'en ira; celle de révolution française, un Corse te finira; en 18^8, on a trouvé insolemment dans ces trois noms : A. Thiers , Odilon Barrot , Cham- bollé, trois Aliboron de la Chambre.

On donna le nom de cabale à la ligue des fa- voris de Charles II d'Angleterre , qui étaient Clifford , Ashley, Buckingham, Arlington , Lau- derdale, parce que les initiales des noms de ces cinq ministres formaient le mot cabal.

On voulut présenter comme une prophétie cette anagramme de Louis quatorzième, roi de France et de Navarre : ((Va, Dieu confondra l'ar- mée qui osera te résister. . . »

Parfois les anagrammes donnent pourtant un sens qui étonne. Qu'est-ce que la vérité ? Quid est veritas? demande Pilate à l'Homme-Dieu; et il se lève sans attendre la réponse. Mais elle est dans la question, dont l'anagramme donne exac- tement : Est vir qui adest, c'est celui qui est de^ vant vous*

1 In Pseudomon. dœmonum.

2 L'incrédulité et mécréance , etc., traité V*

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Les Juifs cabalistes ont fait des anagrammes la troisième partie de leur cabale : leur but est de trouver dans la transposition des lettres ou des mots des sens cachés ou mystérieux. Voy. Ono- mancie.

Anamelech , ou Anamalech , démon obscur, porteur de mauvaises nouvelles. Il était adoré à Sepharvaïm, ville des Assyriens. Il s'est montré sous la figure d'une caille. Son nom signifie , à ce qu'on dit, bon roi; et des doctes assurent que ce démon est la lune, et Adramelech le soleil. Il joue un rôle dans le poëme Gessner a chanté la mort d'Abel.

Anancitide. Voy. Aglaophotis.

Anania ou Anagni (Jean d'), jurisconsulte du quinzième siècle , à qui on doit quatre livres De la nature des démons 4, et un traité De la magie- et des maléfices 2. Ces ouvrages sont peu connus. Anania mourut en Italie en 1/j58.

Ananisapta. Les cabalistes disent que ce mot, écrit sur un parchemin vierge , est un talisman très-efficace contre les maladies. Les lettres qui le composent sont , à leur avis , les initiales des mots qui forment la prière suivante : Antidotum Nazareni Auferat Necem Intoxicationis , Sancti- ficet Alimenta Poculaque Trinitas Aima.

Anansié. C'est le nom de l'araignée gigan- tesque et toute-puissante à qui les nègres de la Côte -d'Or attribuent la création de l'homme. Voy. Araignée.

Anarazel, l'un des démons chargés de la

garde des trésors souterrains , qu'ils transportent d'un lieu à un autre pour les dérober aux recher- ches des hommes. Anarazel , avec ses compa- gnons Gaziel et Fécor, ébranle les fondements des maisons , excite les tempêtes , sonne les

1 Dénatura dœmonum,\\h. IV, irwl 2; Neapoli, 1562.

2 De magia et maleficiis, in-4°; Lugduni, 4669.

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cloches à minuit, fait paraître les spectres et inspire les terreurs nocturnes.

Anathème. Ce mot, tiré du grec, signifie ex- posé, signalé, dévoué. On donnait chez les païens le nom d'anathèmes aux filets qu'un pêcheur dé- posait sur l'autel des nymphes de la mer, au miroir que Laïs consacra à Vénus , aux offrandes de coupes, de vêtements, d'instruments et de figures diverses. On l'appliqua ensuite aux objets odieux que l'on exposait dans un autre sens, comme la Lête ou les dépouilles d'un coupable ; et l'on appela anathème la victime vouée aux dieux infernaux. Chez les Juifs l'anathème a été généralement pris ainsi en mauvaise part; chez les chrétiens c'est la malédiction ou l'être maudit. L'homme frappé d'anathème est retranché de la communion des fidèles.

Il y a beaucoup d'exemples qui prouvent les effets de l'anathème; et comment expliquer ce fait constant , que peu d'excommuniés ;ont pro- spéré? — Voy. Excommunication.

Les magiciens et les devins emploient une sorte d'anathème pour découvrir les voleurs et les ma- léfices : voici cette superstition. Nous prévenons ceux que les détails pourraient scandaliser qu'ils sont extraits des grimoires. On prend de l'eau limpide , on rassemble autant de petites pierres qu'il y a de personnes soupçonnées , on les fait bouillir dans cette eau, on les enterre sous le seuil de la porte par doit passer le voleur ou la sorcière, en y joignant une lame d'étain sur laquelle sont écrits ces mots : Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat. On a eu soin de donner à chaque pierre le nom de l'une des personnes qu'on a lieu de soupçonner. On ôte le tout de dessus le seuil de la porte au lever du soleil ; si la pierre qui représente le coupable est brûlante, c'est déjà un indice. Mais, comme le diable est sournois , il ne faut pas s'en contenter ; on récite donc les sept psaumes de la pénitence avec les litanies des saints ; on prononce ensuite les prières de l'exorcisme contre le voleur ou la sorcière ; on écrit son nom dans un cercle , on plante sur ce nom un clou d'airain de forme triangulaire , qu'il faut enfoncer avec un marteau dont le manche soit de bois de cyprès , et on dit quelques paroles prescrites à cet effet. Alors le voleur se trahit par un grand cri.

S'il s'agit d'une sorcière, et qu'on veuille seu- lement ôter le maléfice pour le rejeter sur celle qui l'a fait , on prend , le samedi , avant le lever du soleil, une branche de coudrier d'une année, et on dit l'oraison suivante : « Je te coupe, ra- » meau de cette année , au nom de celui que je » veux blesser comme je te blesse. » On met la branche sur la table, en répétant trois fois une certaine prière 1 qui se termine par ces mots :

1 On ajoute aux paroles saintes du signe de la croix : Droch, Mirroch, Esenaroth, Bètubaroch, Assmaaroth, qu'on entremêle de signes de croix

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Que le sorcier ou la sorcière soit anathème , et nous saufs!...

Anatolius , philosophe platonicien , maître de Jamblique , et auteur d'un traité Des sympathies et des antipathies , dont Fabricius a conservé quelques fragments dans sa Bibliothèque grecque.

Anaxilas, philosophe pythagoricien qui vivait sous Auguste. On l'accusa de magie, parce qu'il faisait de mauvaises expériences de physique, et Auguste le bannit. Il fut l'inventeur du flambeau infernal, qui consiste à brûler du soufre dans un lieu privé de lumière , ce qui rend les assistants fort laids.

Andaine, fée suzeraine ou reine, qui chassait avec sa suite dans les bois du château de Ras- nes, et qui en épousa le seigneur1.

Anderson (Alexandre). Voy. Vampires, à la fin de l'article.

Andrade, médecin qui eut des révélations en 853. Elles sont peu curieuses ; cependant Du- chesne les a recueillies dans sa collection des historiens français 2.

Andras, grand marquis aux enfers. On le voit avec le corps d'un ange, la tête d'un chat-huant,

à cheval sur un loup noir et portant à la main un sabre pointu. Il apprend à ceux qu'il favorise à tuer leurs ennemis, maîtres et serviteurs ; c'est lui qui élève les discordes et les querelles ; il commande trente légions.

André (Tobie), auteur d'un livre Sur le pou- voir des mauvais anges, rare et peu recherché3. Dix-septième siècle.

Andreœ (Jean-Valentin) , luthérien, dans le duché de Wurtemberg en 1596, mort en 1654. Ses connaissances confuses, son activité

1 Voyez sa légende dans les Légendes des esprits et démons.

2 Excerpta libri revelationum Andradi medici, anno 853, tomo II, Scriptorum And. Duchesne.

3 Tobiae Andreae Exercitationes philosophicœ de angelorum malorum potentia in corpora, in- 4 2; AmsteL, 1694.

mal réglée, les mystérieuses allusions qui se re- marquent dans ses premiers ouvrages, l'ont fait regarder comme le fondateur du fameux ordre des Rose -Croix. Plusieurs écrivains allemands lui attribuent au moins la réorganisation de cet ordre secret, affilié depuis à celui des Francs- Maçons, qui révèrent encore la mémoire d' An- dreae. — Ses ouvrages, au nombre de cent, prê- chent généralement la nécessité des sociétés secrètes , surtout la République Chrislianopoli- taine, la Tour de Babel, le Chaos des jugements portés sur la fraternité de la Rose-Croix, Vidée d'une société chrétienne, la Réforme générale du monde, et les Noces chimiques de Chrétien Rosen- creulz. On attribue à Andreœ des voyages merveilleux, une existence pleine de mystère, et 'des prodiges qu'on a copiés récemment en grande partie dans la peinture qu'on nous a faite des tours de passe-passe de Cagliostro.

Andriague, animal fabuleux, espèce de che- val ou de griffon ailé, que les romans de cheva- lerie donnent quelquefois aux magiciens, qu'ils prêtent même à leurs héros, et qu'on retrouve aussi dans des contes de fées.

Androalphus, puissant démon, marquis de l'empire infernal ; il se montre sous la figure d'un paon à la voix grave. Quand il paraît avec la forme humaine, on peut le contraindre à don- ner des leçons de géométrie. Il est astronome, et il enseigne de plus à ergoter habilement. 11 donne aux hommes des figures d'oiseaux ; ce qui permet à ceux qui commercent avec lui d'éviter la griffe des juges. Trente légions sont sous ses ordres *.

Androgina. Rodin et Delancre content2 qu'en 1536, à Casale, en Piémont, on remarqua qu'une sorcière, nommée Androgina, entrait dans les maisons, et que bientôt après on y mourait. Elle fut prise et livrée aux juges; elle confessa que quarante sorcières ses compagnes avaient composé avec elle le maléfice. C'était un on- guent dont elles allaient graisser les loquets des portes; ceux qui touchaient ces loquets mou- raient en peu de jours. « La même chose ad- vint à Genève en 1563, ajoute Delancre, si bien qu'elles y mirent la peste, qui dura plus de sept ans. Cent soixante-dix sorcières avaient été exécutées à Rome pour cas semblable , sous le consulat de Claudius Marcellus et de Valerius Flaccus : mais la sorcellerie n'étant pas encore bien reconnue, on les prenait simplement alors pour ce qu'elles étaient : des empoisonneu- ses »

Androïdes, automates à figure humaine. Voy. Albert le Grand.

Ane. Les Égyptiens traçaient son image sur les gâteaux qu'ils offraient à Typhon , dieu du

1 Wierus, in Pseudomon. dœmon.

2 Démonomanie, liv. IV, ch. IV. Tableau de l'in- constance, etc., liv. II, dise. iv.

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mal. Les Romains regardaient la rencontre de l'âne comme un mauvais présage. Mais cet ani- mal était honoré dans l'Arabie.

Certains peuples trouvaient quelque chose de mystérieux dans cette innocente bête, et on pra- tiquait autrefois une divination dans laquelle on employait une tête d'âne. Voy. Képhalonomancie. Ce n'est pas ici le lieu de parler de la fête de l'Ane. Mais relevons une croyance populaire qui fait de la croix noire qu'il porte sur le dos une distinction accordée à l'espèce, à cause de l'à- nesse de Bethphagé. C'est un fait assez singulier.

Chez les Indiens du Maduré, une des premiè- res castes, celle des cavaravadouks, prétend des- cendre d'un âne ; ceux de cette caste traitent les ânes en frères, prennent leur défense, poursui- vent en justice, et font condamner à l'amende quiconque les charge trop ou les bat et les ou- trage sans raison. Dans les temps de pluie, ils donneront le couvert à un âne avant de le don- ner à son conducteur, s'il n'est pas de certaine condition1.

Voici une vieille fable sur l'âne : Jupiter ve- nait de prendre possession de l'empire ; les hommes, à son avènement, lui demandèrent un printemps éternel, ce qu'il leur accorda; il char- gea l'âne de Silène de porter sur la terre ce pré- sent. L'âne eut soif, et s'approcha d'une fon- taine; le serpent qui la gardait, pour lui permet- tre d'y boire, lui demanda le trésor dont il était porteur, et le pauvre animal troqua le don du ciel contre un peu d'eau. C'est depuis ce temps, dit-on, que les vieux serpents changent de peau et rajeunissent perpétuellement.

Mais il y a des ânes plus adroits que celui-là : à une demi-lieue du Kaire se trouvait, dans une grande bourgade , un bateleur qui avait un âne si instruit que les manants le prenaient pour un démon déguisé. Son maître le faisait danser ; en- suite il lui disait que le Soudan voulait construire un bel édifice, et qu'il avait résolu d'employer tous les ânes du Kaire à porter la chaux, le mor-

1 Saint-Foix, Essai sur Paris , tome II.

lier et la pierre. Aussitôt l'âne se laissait tom- ber, roidissait les jambes, et fermait les yeux comme s'il eût été mort. Le bateleur se plaignait de la mort de son âne, et priait qu'on lui donnât un peu d'argent pour en acheter un autre.

Après avoir recueilli quelque monnaie : Ah ! disait-il , il n'est pas mort , mais il a fait sem- blant de l'être, parce qu'il sait que je n'ai pas le moyen de le nourrir. Lève-toi, ajoutait-il. L'âne n'en faisait rien. Ce que voyant, le maître annonçait que le Soudan avait fait crier à son de trompe que le peuple eut à se trouver le lende- main hors de la ville du Kaire pour y voir de grandes magnificences. Il veut. poursuivait:il, que les plus nobles dames soient montées sur des ânes...

L'âne se levait à ces mots, dressant la tête et les oreilles en signe de joie. Il est vrai , re- prenait le bateleur, que le gouverneur de mon quartier m'a prié de lui prêter le mien pour sa femme , qui est une vieille roupilleuse édentée.

L'âne baissait aussitôt les oreilles, et commen- çait à clocher comme s'il eût été boiteux *.

Ces ânes merveilleux, disent les démonogra- phes, étaient sinon des démons, au moins des hommes métamorphosés ; comme Apulée , qui fut, ainsi qu'on sait, transmué en âne. L'auteur du Spéculum naturœ raconte la légende de deux femmes qui tenaient une petite auberge auprès de Rome, et qui allaient vendre leurs hôtes au marché après les avoir changés en pourceaux , en poulets, en moutons. Une d'elles, ajoute-t-il, transforma un comédien en âne, et comme il conservait ses talents sous sa nouvelle peau, elle le menait dans les foires des environs, il lui gagnait beaucoup d'argent. Un voisin acheta très- cher cet âne savant. En le lui livrant, la sorcière se borna à lui recommander de ne pas le laisser entrer dans l'eau, ce que le nouveau maître de l'âne observa quelque temps. Mais un jour le pauvre animal, ayant trouvé moyen de rompre son licou, se jeta dans un lac, il reprit sa forme naturelle, au grand étonnement de son conducteur. L'affaire, dit le conte, fut portée au juge, qui fit châtier les deux sorcières.

Les rabbins font très-grand cas de l'ânesse de Balaam. C'est, disent-ils, un animal privilégié que Dieu forma à la fin du sixième jour. Abra- ham se servit d'elle pour porter le bois destiné au sacrifice d'Isaac ; elle porta ensuite la femme et le fils de Moïse dans le désert. Us assurent que cette ànesse est soigneusement nourrie, et réser- vée dans un lieu secret jusqu'à l'avènement du Messie juif, qui doit la monter pour soumettre toute la terre. Voy. Borack.

Angada, roi des singes ; il aida le dieu Rama (septième incarnation de Vichnou) dans son ex- pédition contre Ravana.

1 Léon Africanus, part. YIII, délia Afriea, cité dan.? Lelover.

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Angat. Nom du diable à Madagascar, il est regardé comme un génie sanguinaire et cruel. On lui donne la figure du serpent.

Angelieri, Sicilien du dix-septième siècle qui n'est connu que par un fatras dont il publia deux volumes, et dont il en promettait vingt-quatre, sous le titre de Lumière magique, ou origine, ordre et gouvernement de toutes les choses cé- lestes, terrestres et infernales, etc. d. Mongitore en parle dans le tome Ier de sa Bibliothèque sici- lienne.

Angélique , plante qui passe pour un préser- vatif contre les fascinations de la magie. On la mettait en manière d'amulette au cou des petits | enfants pour les garantir des ma- léfices.

Angerbode ou Angurbode, fem- me gigantesque qui se maria avec Lock, selon l'opi- nion des Scandi- naves, et qui en- fanta trois mons- tres : le loup Fen- ris, le serpent Jor- mungandur et la démone Héla, qui garde le monde souterrain.

Anges. Saint Augustin prouve que les anges ont été créés dans l'œuvre jles six ours, car ils v ne l'ontpasété avant, puisqu'il n'existait alors aucune créa- ture; ils ne l'ont pas été après, puis- que Dieu dit dans l'Écriture » furent formés

» haute voix. » Ils ont probablement reçu l'exis- tence quand le Créateur dit : « Que la lumière » soit î » parole qui s'applique toujours tout en- semble , suivant le grand évêque d'Hippone , au monde visible et au monde invisible.

Quel est leur nombre ? Daniel en vit mille mil- lions qui servaient le Seigneur, et dix mille mil- lions qui étaient devant lui. Les bienheureuses armées des esprits supérieurs forment , dit l'A- réopagite, une multitude que nous ne pouvons

1 Lux magica academica, cœlestium, terrestrium et infernorum origo, ordo et subordinatio cunctorum, quoad esse, fieri et operari, XXIV voluminibus di- visa. Pars I, Venise, 1686, sous le nom de Livio Betani; pars II, Venise, 4687. Ces deux volumes sont in-4°.

Anges

« Quand les astres tous mes anges me louèrent à

compter. Puisque Dieu veut la perfection dans ses ouvrages, poursuit l'Ange de l'école, plus une chose est parfaite, plus elle est multipliée; de sorte que les substances immatérielles sont incomparablement plus nombreuses que les sub- stances matérielles.

La théologie a donné des ailes aux anges , dit saint Denis l'Aréopagite, pour marquer la célé- rité de leur mouvement. Tertullien reprend : Ils peuvent se transporter partout en un moment. Albert le Grand signale quelques erreurs sur le mouvement angélique. « Les uns croient, dit-il, que les anges se meuvent par la pensée. Opinion fausse. Quand je me représente Constantinople,

Calcutta, Canton, ma pensée ne tra- verse 'pas les ré- gions de l'Orient ; elle trouve là, dans mon cerveau, les idées qui fixent son regard. Si donc les esprits célestes se mouvaient com- me la pensée, ils resteraient dans le même lieu, v Albert le Grand continue : « D'au- tres pensent que les anges se meu- vent par l'effet des vertus qui leur obéissent. Cette opinion va droit à l'hérésie : elle est contraire à l'en- seignement des livres saints. Com- mander à des for- ces actives , leur donner l'impul- sion, les diriger en quelque sorte à travers l'espace, ce n'est pas se mouvoir soi-même. Or, l'Écriture sainte attribue en mille endroits le mouvement personnel aux célestes intelli- gences. D'autres disent enfin que les anges se meuvent par la faculté qu'ils ont d'être en même temps dans plusieurs lieux, même partout quand ils le désirent. Mais cette opinion mérite aussi la note d'hérésie. L'être qui est partout ne se meut point, et un esprit supérieur qui pour- rait être partout serait immense , infini : il serait Dieu *.

Les Juifs, à l'exception des sadducéens, ad- mettaient et honoraient les anges, en qui ils voyaient, comme nous, des substances spiri- tuelles, intelligentes, les premières en dignité

1 M. l'abbé Lâchât, Analyse du livre de M. l'abbé Thiboudet sur les esprits.

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entre les créatures, et qui, pour nous, n'ont au-dessus d'eux que la sainte Vierge.

Les rabbins, qui depuis la dispersion ont tout altéré, et qui placent la création des anges au second jour, ajoutent qu'ayant été appelés au conseil de Dieu, lorsqu'il voulut former l'homme, leurs avis furent parlagés, et que Dieu fit Adam à leur insu, pour éviter leurs murmures. Ils re- prochèrent néanmoins à Dieu d'avoir donné trop d'empire à Adam. Dieu soutint l'excellence de son ouvrage , parce que l'homme devait le louer sur la terre, comme les anges le louaient dans le ciel. Il leur demanda ensuite s'ils savaient le nom de toutes les créatures? Ils répondirent que non; et Adam, qui parut aussitôt, les récita tous sans hésiter, ce qui les confondit.

L'Écriture sainte a conservé quelquefois aux démons le nom d'anges, mais anges de ténèbres, anges déchus ou mauvais anges. Leur chef est appelé le grand dragon et l'ancien serpent, à cause de la forme qu'il prit pour tenter la femme.

Zoroastre enseignait l'existence d'un nombre infini d'anges ou d'esprits médiateurs, auxquels il attribuait non-seulement un pouvoir d'inter- cession subordonné à la providence continuelle de Dieu , mais un pouvoir aussi absolu que celui que les païens prêtaient à leurs dieux *. C'est le culte rendu à des dieux secondaires que saint Paul a condamné 2.

Les musulmans croient que les hommes ont

chacun deux anges gardiens , dont l'un écrit le bien qu'ils font, et l'autre le mal. Ces anges sont si bons, ajoutent-ils, que, quand celui qui est

1 Bergier, Dictionnaire théologique.

2 Coloss., cap. ii, vers. 4 8.

sous leur garde fait une mauvaise action, ils le laissent dormir avant de l'enregistrer, espérant qu'il pourra se repentir à son réveil. Les Per- sans donnent à chaque homme cinq anges gar- diens, placés : le premier à sa droite pour écrire ses bonnes actions , le second à sa gauche pour écrire les mauvaises, le troisième devant lui pour le conduire, le quatrième derrière pour le ga- rantir des démons, et le cinquième devant son front pour tenir son esprit élevé vers le Pro- phète. D'autres en ce pays portent le nombre des anges gardiens de chaque homme jusqu'à cent soixante; ce qui est une grande vanité.

Les Siamois divisent les anges en sept ordres, et les chargent de la garde des planètes, des

villes, des personnes. Ils disent que c'est pen- dant qu'on éternue que les mauvais anges écrivent les fautes des hommes.

Les théologiens admettent neuf chœurs d'anges, en trois hiérarchies : les séraphins , les chéru- bins, les trônes; les dominations, les princi- pautés , les vertus des cieux ; les puissances , les archanges et les anges.

Parce que des anges , en certaines occasions Dieu l'a voulu , ont secouru les Juifs contre leurs ennemis, les peuples modernes ont quel- quefois attendu le même prodige. Le jour de la prise de Constantinople par Mahomet II, les Grecs schismatiques, comptant sur la prophétie d'un de leurs moines, se persuadaient que les Turcs n'entreraient pas dans la ville, mais qu'ils se- raient arrêtés aux murailles par un ange armé d'un glaive, qui les chasserait et les repousserait jusqu'aux frontières de la Perse. Quand l'ennemi parut sur la brèche , le peuple et l'armée se ré- fugièrent dans le temple de Sainte-Sophie, sans avoir perdu tout espoir ; mais l'ange n'arriva pas, et la ville fut saccagée.

Cardan raconte qu'un jour qu'il était à Milan , le bruit se répandit tout à coup qu'il y avait un ange dans les airs au-dessus de la ville. Il ac- courut et vit, ainsi que deux mille personnes rassemblées, un ange qui planait dans les nuages, armé d'une longue épée et les ailes étendues.

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Les habitants s'écriaient que c'était l'ange exter- minateur ; et la consternation devenait générale , lorsqu'un ecclésiastique fit remarquer que ce qu'on voyait n'était que la représentation dans les nuées d'un ange de marbre blanc placé au haut du clocher de Saint-Gothard. l: Angeweiller (Le comte d') épouse de la main gauche une fée qui lui laisse des dons mer- veilleux. Voy. Fées 4.

Anguekkok, espèce de sorciers auxquels les Groenlandais ont recours dans leurs embarras.

Quand les veaux marins ne se montrent pas en assez grand nombre, on va prier l'anguekkok d'al- ler trouver la femme pro- digieuse qui, selon la tradition , a traîné la grande île de Disco de la rivière de Baal , elle était située autrefois, pour la placer à plus de cent lieues de , à l'en- droit où elle se trouve aujourd'hui. D'après la légende, cette femme habite au fond de la mer, dans une vaste mai- son gardée par les veaux marins; des oiseaux de mer nagent dans sa lampe d'huile de pois- son, et les habitants de l'abîme se réunissent au- tour d'elle, attirés par son éclat, sans pouvoir la quitter, jusqu'à ce que l'anguekkok la sai- sisse par les cheveux, et, lui enlevant sa coif- fure , rompe le charme qui les retenait auprès d'elle.

Quand un Groenlandais tombe malade, c'est encore l'anguekkok qui lui sert de médecin ; il se charge également de guérir les maux du corps et ceux de l'âme 2. Voy. Torngarsuk.

Anguille. Les livres de secrets merveilleux donnent à l'anguille des vertus surprenantes. Si on la laisse mourir hors de l'eau, qu'on mette ensuite son corps entier dans de fort vinaigre mêlé avec du sang de vautour, et qu'on place le tout sous du fumier, cette composition « fera ressusciter tout ce qui lui sera présenté, et lui redonnera la vie comme auparavant 3 » .

Des autorités de la même force disent encore que celui qui mange ie cœur tout chaud d'une anguille sera saisi d'un instinct prophélique, et prédira les choses futures.

1 Voyez aussi la Fée d'Angeweiller, dans les Lé- gendes des esprits et des démons.

2 Expédition du capitaine Graah dans le Groenland.

3 Admirables secrets d'Albert le Grand, liv. II, ch. m.

Les Égyptiens adoraient l'anguille, que leurs prêtres seuls avaient droit de manger.

On a beaucoup parlé , dans le dernier siècle , des anguilles formées de farine ou de jus de mou- ton ; c'était une de ces plaisanteries qu'on appelle aujourd'hui des canards.

N'oublions pas le petit trait d'un avare, rap- porté par Guillaume de Malmesbury, doyen d'Elgin, dans la province de Murray, en Ecosse, lequel avare fut, par magie, changé en anguille et mis en matelote l.

Animaux. Ils jouent un grand rôle dans les anciennes mythologies. Les païens en adoraient plusieurs, ou par terreur, ou par reconnaissance, ou par suite des doctrines de la métempsycose. Chaque dieu avait un animal^qui lui était dévoué.

Les anciens philosophes avaient parfois, au sujet des animaux , de singulières idées. Celse , qui a été si bien battu par Origène, soutenait que les animaux ont plus de raison , plus de sagesse, plus de vertu que l'homme (peut-être jugeait-il d'après lui-même), et qu'ils sont dans un com- merce plus intime avec la Divinité. Quelques-uns ont cherché dans de telles idées l'origine du culte que les Égyptiens rendaient à plusieurs animaux. Mais d'autres mythologues vous diront que ces animaux étaient révérés, parce qu'ils avaient prêté leur peau aux dieux égyptiens en déroute et obligés de se travestir. Voy. Ame des bêtes.

Divers animaux sont très-réputés dans la sor- cellerie, comme le coq, le chat, le crapaud, le bouc , le loup , le chien , ou parce qu'ils accom- pagnent les sorcières au sabbat, ou pour les présages qu'ils donnent, ou parce que les magi- ciens et les démons empruntent leurs formes. Nous en parlerons à leurs articles particuliers.

Dix animaux sont admis dans le paradis de Mahomet : la baleine de Jonas, la fourmi de Sa- lomon, le bélier d'Ismaël , le veau d'Abraham, l'ànesse de Balaam , la chamelle du prophète Saleh , le bœuf de Moïse, le chien des sept dor- mants, le coucou deBalkis, reine de Saba, et la mule de Mahomet. Voy. Borack.

Nous ne dirons qu'un mot d'une erreur popu- laire qui, aujourd'hui, n'est plus très-enracinée. On croyait autrefois que toutes les espèces qui sont sur la terre se trouvaient aussi dans la mer. Le docteur Brown a prouvé que cette opinion n'était pas fondée. « Il serait bien difficile, dit-il, de trouver l'huître sur la terre; et la panthère, le chameau, la taupe ne se rencontrent pas dans' l'histoire naturelle des poissons. D'ailleurs le re- nard, le chien, l'âne, le lièvre de mer ne res- semblent pas aux animaux terrestres qui portent le même nom. Le cheval marin n'est pas plus un cheval qu'un aigle; le bœuf de mer n'est qu'une grosse raie ; le lion marin , une espèce d'écre-

1 Cité par M. Salgues, Des erreurs et des pré- jugés.

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visse; et le chien marin ne représente pas plus le chien de terre que celui-ci ne ressemble à l'étoile Sirius, qu'on appelle aussi le chien1. »

11 serait long et hors de propos de rapporter ici toutes les bizarreries que l'esprit humain a enfantées par rapport aux animaux. Voy. Bêtes, etc.

Aniran, génie musulman qui préside aux noces.

Anjorrand. Voy. Denis. Anka. Voy. Simorgue.

Annaberge, démon terrible parmi les dé- mons gardiens des mines. 11 tua un jour plu- sieurs ouvriers dans la riche mine d'argent de l'Allemagne appelée Corona Rosacea.

« L'annaberge se montrait sous la forme d'un bouc avec des cornes d'or, et se précipitait sur les mineurs avec impétuosité, ou sous la forme d'un cheval , qui jetait la flamme et la peste par ses naseaux. » Ce terrible annaberge pouvait bien n'être qu'un esprit très-connu aujourd'hui des chimistes sous le nom de feu grisou. La lampe de sûreté d'Humphrey-Davy aurait été un talisman précieux aux mineurs de la Couronne de roses 2.

Annabry, l'un des sept princes de l'enfer qui se montrèrent un jour à Faust. Il était en chien noir et blanc, avec des oreilles longues de quatre aunes Voy. Faust.

Anne l'Écossaise. Voy. Auxonne.

Anneau. 11 y avait autrefois beaucoup d'an- neaux enchantés ou chargés d'amulettes. Les magiciens faisaient des anneaux constellés avec lesquels on opérait des merveilles. Voy. Éléazar. Cette croyance était si répandue chez les païens, que leurs prêtres ne pouvaient porter d'anneaux, à moins qu'ils ne fussent si simples qu'il était évident qu'ils ne contenaient pas d'amulettes 4.

Les anneaux magiques devinrent aussi de quelque usage chez les chrétiens, et même beau- coup de superstitions se rattachèrent au simple anneau d'alliance. On croyait qu'il y avait dans le quatrième doigt, qu'on appela spécialement doigt annulaire ou doigt destiné à l'anneau, un nerf qui répondait directement au cœur; on re- commanda donc de mettre l'anneau d'alliance à ce seul doigt. Le moment le mari donne l'an- neau à sa jeune épouse devant le prêtre, ce mo- ment, dit un vieux livre de secrets, est de la plus haute importance. Si le mari arrête l'anneau à l'entrée du doigt et ne passe pas la seconde jointure, la femme sera maîtresse; mais s'il en- fonce l'anneau jusqu'à l'origine du doigt, il sera chef et souverain. Cette idée est encore en vi-

1 Brovvn, Des erreurs populaires, liv. III, ch. xxiv.

2 Quarterly Review, Essai sur les superstitions populaires.

3 M. François Hugo, le Faust anglais.

4 Aulu-Geîle, lib. X, cap. xxv.

gueur, et les jeunes mariées ont généralement soin de courber le doigt annulaire au moment elles reçoivent l'anneau, de manière à l'ar- rêter avant la seconde jointure.

Les Anglaises, qui observent la même supersti- tion , font le plus grand cas de l'anneau d'al- liance, à cause de ses propriétés. Elles croient qu'en mettant un de ces anneaux dans un bonnet de nuit, et plaçant le tout sous leur chevet, elles verront en songe le mari qui leur est destiné.

Les Orientaux révèrent les anneaux et les bagues, et croient aux anneaux enchantés. Leurs contes sont pleins de prodiges opérés par ces anneaux. Ils citent surtout, avec une admiration sans bornes, Vanneau de Salomon, par la force duquel ce prince commandait à toute la nature. Le grand nom de Dieu est gravé sur cette bague, qui est gardée par des dragons, dans le tombeau inconnu de Salomon. Celui qui s'emparerait de cet anneau serait maître du monde et aurait tous les génies à ses ordres. Voy. Sakhar. A défaut de ce talisman prodigieux, ils achètent à des magiciens des anneaux qui produisent aussi des merveilles.

L'abominable Henri VIII bénissait des anneaux d'or, qui avaient, disait-il, la propriété de guérir de la crampe *. Les faiseurs de secrets ont inventé des bagues magiques qui ont plusieurs vertus. Leurs livres parlent de Vanneau des voyageurs. Cet anneau , dont le secret n'est pas bien cer- tain, donnait à celui qui le portait le moyen d'aller sans fatigue de Paris à Orléans , et de revenir d'Orléans à Paris dans la même journée.

Anneau d'invisibilité. On n'a pas perdu le secret de Vanneau d' invisibilité. Les cabalistes ont laissé la manière de faire cet anneau , qui plaça Gygès au trône de Lydie. Il faut entre- prendre cette opération un mercredi de prin- temps, sous les auspices de Mercure, lorsque cette planète se trouve en conjonction avec une des autres planètes favorables, comme la Lune, Jupiter, Vénus et le Soleil. Que l'on ait de bon mercure fixé et purifié ; on en formera une bague puisse entrer facilement le doigt du milieu ; on enchâssera dans le chaton une petite pierre que l'on trouve dans le nid de la huppe , et on gravera autour de la bague ces paroles : Jésus passant j au milieu d'eux f s en alla2-, puis, ayant posé le tout sur une plaque de mercure fixé, on fera le parfum de Mercure; on enve- loppera l'anneau dans un taffetas de la couleur convenable à la planète , on le portera dans le nid de la huppe d'où l'on a tiré la pierre, on l'y laissera neuf jours; et quand on le retirera, on fera encore le parfum comme la première fois ; puis on le gardera dans une petite boîte faite avec du mercure fixé, pour s'en servir à l'occa-

1 Misson , Voyage d'Italie, t. III , p. \ 6 , à la marge.

2 Saint Luc, ch. iv, verset 30.

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sion. Alors on mettra la bague à son doigt. En tournant la pierre au dehors de la main, elle a la vertu de rendre invisible aux yeux des assis- tants celui qui la porte; et quand on veut être vu, il suffit de rentrer la pierre en dedans de la main , que l'on ferme en forme de poing.

Porphyre, Jamblique, Pierre d'Apone et Agrip- pa, ou du inoins les livres de secrets qui leur sont attribués , soutiennent qu'un anneau fait de la manière suivante a la même propriété. Il faut prendre des poils qui sont au-dessus de la tête de l'hyène, et en faire de petites tresses avec lesquelles on fabrique un anneau , qu'on porte aussi dans le nid de la huppe. On le laisse neuf jours; on le passe ensuite dans des parfums préparés sous les auspices de Mercure (planète). On s'en sert comme de l'autre anneau , excepté qu'on l'ôte absolument du doigt quand on ne veut plus être invisible.

Si, d'un autre côté, on veut se précautionner contre l'effet de ces anneaux cabalistiques, on aura une bague faite de plomb raffiné et purgé ; on enchâssera dans le chaton un œil de jeune belette qui n'aura porté des petits qu'une fois; sur le contour on gravera les paroles suivantes ; Appariât Dominus Simoni. Cette bague se fera un samedi, lorsqu'on connaîtra que Saturne est en opposition avec Mercure. On l'enveloppera dans un morceau de linceul mortuaire qui ait enveloppé un mort; on l'y laissera neuf jours; puis, l'ayant retirée, on fera trois fois le parfum de Saturne , et on s'en servira.

Ceux qui ont imaginé ces anneaux ont rai- sonné sur le principe de ,1'antipathie qu'ils sup- posaient entre les matières qui les composent. Rien n'est plus antipathique à la huppe que l'hyène, et Saturne rétrograde presque toujours à Mercure ; ou , lorsqu'ils se rencontrent dans le domicile de quelques signes du zodiaque , c'est toujours un aspect funeste et de mauvais augure Nous parlons astrologie.

On peut faire d'autres anneaux sous l'influence des planètes , et leur donner des vertus au moyen de pierres et d'herbes merveilleuses. «Mais dans ces caractères, herbes cueillies, constellations et charmes , le diable se coule , » comme dit Leloyer, quand ce n'est pas simple- ment le démon de la grossière imposture. « Ceux qui observent les heures des astres, ajoute-t-il, n'observent que les heures des démons qui pré- sident aux pierres, aux herbes et aux astres mêmes. » Et il est de fait que ce ne sont ni des saints ni des cœurs honnêtes qui se mêlent de ces superstitions.

Anneberg, démon des mines; il tua un jour de son souffle douze ouvriers qui travaillaient à une mine d'argent dont il avait la garde. C'est un démon méchant, rancunier et terrible. Il se montre surtout en Allemagne ; on dit qu'il a la i Petit Albert.

ligure d'un cheval, avec un cou immense et des yeux effroyables1. C'est le même que l'anna- berge.

Année. Plusieurs peuples ont célébré par des cérémonies plus ou moins singulières le retour du nouvel an. Chez les Perses, un jeune homme s'approchait du prince et lui faisait des offrandes, en disant qu'il lui apportait la nouvelle année de la part de Dieu. Chez nous, on se donne des étrennes.

Les Gaulois commençaient l'année par la céré- monie du gui de chêne, qu'ils appelaient le gui de Van neuf ou du nouvel an. Les druides, accom- pagnés du peuple, allaient dans une forêt, dres- saient autour du plus beau chêne un autel trian- gulaire de gazon , et gravaient sur le tronc et sur les deux plus grosses branches de l'arbre révéré les noms des dieux qu'ils croyaient les plus puis- sants : Theutatès, Hêsus, Taranis , Belenus. En- suite l'un d'eux, vêtu d'une blanche tunique, coupait le gui avec une serpe d'or ; deux autres druides étaient pour le recevoir dans un linge et prendre garde qu'il ne touchât la terre. Ils dis- tribuaient l'eau ils faisaient tremper ce nou- veau gui , et persuadaient au peuple qu'elle gué- rissait plusieurs maladies et qu'elle était efficace contre les sortilèges 2.

Année platonique. On appelle année plato- nique un espace de temps à la fin duquel tout doit se retrouver à la même place. Les uns comptent seize mille ans pour cette révolution, d'autres trente-six mille 3. Il y en eut aussi qui croyaient anciennement qu'au bout de cette période le monde serait renouvelé , et que les âmes rentre- raient dans leurs corps pour commencer une nouvelle vie semblable à la précédente. On conte là-dessus cette petite anecdote :

Des Allemands , arrêtés dans une auberge de Chàlons-sur-Marne, amenèrent la conversation sur cette grande année platonique toutes les choses doivent retourner à leur premier état; ils voulurent persuader au maître du logis qu'il n'y avait rien de si vrai que cette révolution ; « de sorte, disaient-ils, que, dans seize mille ans d'ici, nous serons à boire chez vous à pareille heure et dans cette même chambre. »

Là-dessus, ayant très-peu d'argent, en vrais Allemands qu'ils étaient, ils prièrent l'hôte de leur faire crédit jusque-là.

Le cabaretier champenois leur répondit qu'il le voulait bien. « Mais, ajouta-t-il, parce qu'il y a seize mille ans, jour pour jour, heure pourheure, que vous étiez pareillement à boire ici comme

1 Wierus, De prœst., lib. I, cap. xxn.

2 Saint-Foix, Essais, etc., t. II.

3 Quelques-uns disaient que les corps célestes seulement se retrouvaient au même point au bout de la grande année. Cicéron, dans un passage de son Hortensius, conservé par Servius, fait cette grande année de douze mille neuf cent cinquante-quatre des nôtres.

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vous faites, et que vous vous êtes retirés sans payer, acquittez le passé , et je vous ferai crédit du présent... »

Année climatérique. Le préjugé des années climatériques subsiste encore , quoiqu'on en ait à peu près démontré l'absurdité. Auguste écrivait à son neveu Caius pour l'engager à célébrer le jour de sa naissance, attendu qu'il avait passé la soixante-troisième année , qui est cette grande climatérique si redoutable pour les humains. Beaucoup de personnes craignent encore l'année climatérique ; cependant une foule de relevés prouvent qu'il ne meurt pas plus d'hommes dans la soixante-troisième année que dans les années qui la précèdent. Mais un préjugé se détruit avec peine. Selon ces idées, que Pythagore fit naître par ses singulières rêveries sur les nombres, notre tempérament éprouve tous les sept ans une révo-

lution complète. Quelques-uns disent même qu'il se renouvelle entièrement. D'autres prétendent que ce renouvellement n'a lieu que tous les neuf ans : aussi les années climatériques se comptent par sept et par neuf. Quarante-neuf et quatre- vingt-un sont des années très-importantes , disent les partisans de cette doctrine; mais soixante- trois est l'année la plus fatale , parce que c'est la multiplication de sept par neuf. Un Normand di- sait : Encore un des miens pendu à quarante-neuf ans! et qu'on dise qu'il ne faut pas se méfier des années clima tériques !

a On ne doit pourtant pas porter trop loin , dit M. Salgues, le mépris de la période septénaire, qui marque en effet les progrès du développe- ment et de l'accroissement du corps humain. Ainsi, généralement, les dents de l'enfance tombent à sept ans , la puberté se manifeste à qua-

Allemands causant de l'année platonique.

torze, le corps cesse de croître à vingt et un. » Mais cette observation n'est pas complètement exacte.

Anninga , la lune chez les Groënlandais. C'était au commencement un jeune garçon qui aimait à courir les champs avec sa sœur Malina. Or un jour qu'il la poursuivait, elle se retourna tout à coup et lui barbouilla de noir la figure. Après quoi Malina , perdant terre , s'élança dans le ciel , elle devint le soleil. Anninga, qui n'a cessé de la poursuivre , est devenu la lune.

Annius de Viterbe (Jean Nanni), savant ecclé- siastique, né à Viterbe en 1432. Il a publié une collection de manuscrits attribués à Bérose, à Fabius Pictor, à Gaton, à Archiloque, à Mané- thon, etc., et connus sous le nom d1 Antiquités a" Annius. Ce recueil a peu de crédit. On prétend qu'il contient beaucoup de fables; mais plusieurs de ces fables sont d'antiques légendes.

On doit encore à Annius un Traité de l'empire des Turcs , et un livre des Futurs triomphes des chrétiens sur les Turcs et les Sarasins, etc. Ces deux ouvrages sont des explications de l'Apoca-

lypse. L'auteur pense que Mahomet est l'Anté- christ , et que la fin du monde aura lieu quand le peuple des saints (les chrétiens) aura soumis en- tièrement les juifs et les mahométans.

Anocchiatura , fascination involontaire qui s'exerce soit par les yeux , soit par les paroles , selon les croyances populaires des Corses, mais dans un sens très-bizarre, les puissances mysté- rieuses qui président à l'anocchiatura ayant la singulière habitude d'exécuter le contraire de ce qu'on souhaite. Aussi, dans la crainte de fasciner les enfants en leur adressant des bénédictions ou des éloges, le peuple qui leur veut du bien le leur prouve par des injures et des souhaits d'au- tant plus favorables qu'ils sont plus affreusement exprimés *.

Anpiel , l'un des anges que les rabbins char- gent du gouvernement des oiseaux ; car ils mettent chaque espèce créée sous la protection d'un ou de plusieurs anges.

Anselme de Parme, astrologue à Parme, il mourut en 1440. Il avait écrit des Institu-

1 M. P. Mérimée, Colomba,

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lions astrologiques , qui n'ont pas été imprimées. Wierus 1 et quelques démonographes le mettent au nombre des sorciers. Des charlatans , qui gué- rissaient les plaies au moyen de paroles mysté- rieuses que l'on prétend inventées par lui , ont pris le nom d'anselmistes ; et, pour mieux en imposer, ils se vantaient de tenir leur vertu de guérir non d'Anselme de Parme, mais de saint Anselme de Cantorbéry. Yoy. Art de saint An- selme.

Annochialura.

Ansuperomain , sorcier des environs de Saint- Jean-de-Luz, qui, selon des informations prises sous Henri IV par le conseiller Pierre Delancre 2, fut vu plusieurs fois au sabbat, à cheval sur un démon qui avait la forme de bouc, et jouant de la flûte pour la danse des sorcières.

Anthaeus. Il va, comme dit Boguet, des fa- milles où il se trouve toujours quelqu'un qui de- vient loup-garou. Évanthes et après lui Pline rapportent que dans la race d'un certain Anthaeus , Arcadien, on choisissait par le sort un homme que l'on conduisait près d'un étang. Là, il se dé- pouillait , pendait ses habits à un chêne ; et, après avoir passé l'eau à la nage, s'enfuyait dans un désert où, transformé en loup, il vivait et con- versait avec les loups pendant neuf ans. Il fallait que durant ce temps il ne vît point, d'hommes ; autrement le cours des neuf ans eût recommencé. Au bout de ce terme il retournait vers le même étang, le traversait à la nage et rentrait chez lui , il ne se trouvait pas plus âgé que le jour de sa transmutation en loup : le temps qu'il avait passé sous cette forme ne faisant pas compte dans le nombre des années de sa vie J.

Antamtapp , enfer des Indiens, plein de chiens enragés et d'insectes féroces. On y est couché sur des branches d'épines et continuellement caressé par des corbeaux à bec de fer. Les Brahmes disent que les supplices de cet enfer sont éternels.

1 In libro apologetico.

2 Tableau de l' inconstance des démons, liv. III, dise. iv.

3 Discours des spectres, liv. IV, ch. xv.

Antéchrist. Par Antéchrist on entend ordinai- rement un tyran impie et cruel, ennemi de Jésus- Christ. Il doit régner sur la terre lorsque le monde approchera de sa fin. Les persécutions qu'il exer- cera contre les élus seront la dernière et la plus terrible épreuve qu'ils auront à subir; et même Notre-Seigneur a déclaré que les élus y succom- beraient, si le temps n'en était abrégé en leur faveur ; car il se donnera pour le Messie et fera des prodiges capables d'induire en erreur les élus mêmes.

Leloyer rapporte cette opinion populaire , que les démons souterrains ne gardent que pour lui les trésors cachés, au moyen desquels il pourra séduire les peuples ; et sa persécution sera d'au- tant plus redoutable, qu'il ne manquera d'aucun moyen de séduire, et agira beaucoup plus par la corruption que par la violence brutale. C'est à cause des miracles qu'il doit faire que plusieurs l'appellent le singe de Dieu.

Le mot de passe des sectateurs de l'Antéchrist sera, dit Boguet : Je renie le baptême.

Ce qui est assez grotesque, assurément, c'est que les protestants, ces précurseurs de l'Anté- christ, donnent le nom d'Antéchrist au pape, comme les larrons qui crient au voleur pour dé- tourner d'eux les recherches1. Voy. Abdeel.

On a raillé l'abbé Fiard, qui regardait Voltaire et les encyclopédistes comme dès-précurseurs de l'Antéchrist. 11 est très-possible que les railleurs aient tort.

Antesser, démon. Voy. Blokula. Anthropomancie, divination par l'inspection des entrailles d'hommes ou de femmes éventrés. Cet horrible usage, était très-ancien. Hérodote dit que Ménélas, retenu en Égypte par les vents con- traires, sacrifia à sa barbare curiosité deux en- fanLs du pays, et chercha à savoir ses destinées dans leurs entrailles. Héliogabale pratiquait cette divination. Julien l'Apostat, dans ses opérations magiques et dans ses sacrifices nocturnes, faisait tuer, dit-on, un grand nombre d'enfants pour consulter leurs entrailles. Dans sa dernière expé- dition , étant à Carra, en Mésopotamie, il s'en- ferma dans le temple de la Lune; et, après avoir fait ce qu'il voulut avec les complices de son im- piété, il scella les portes, et y posa une garde qui ne devait être levée qu'à son retour. Il fut tué dans la bataille qu'il livra aux Perses , et ceux qui entrèrent dans le temple de Carra sous le règne de Jovien , son successeur, y trouvèrent une femme pendue par les cheveux, les mains éten- dues, le ventre ouvert et le foie arraché.

Anthropophages. Le livre attribué à Enoch dit que les géants nés du commerce des anges avec les filles des hommes furent les premiers anthropophages. Marc-Paul rapporte que de son

* Voyez la Légende de l'Antéchrist , à la fin des Légendes du Nouveau Testament.

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temps, dans ta Tartane, les magiciens avaient le droit de manger la chair des criminels ; les sorciers ont été souvent convaincus d'anthropo- phagie, notamment les loups-garous, et des écri- vains ont relevé ce fait notable qu'il n'y a que les chrétiens qui n'aient pas été anthropophages.

Antide. Une vieille tradition populaire rap- porte que saint Antide , évêque de Besançon , vit un jour dans la campagne un démon fort maigre et fort laid , qui se vantait d'avoir porté le trouble dans l'Église de Rome. Le saint appela le démon , le fit mettre à quatre pattes, lui sauta sur le dos, se fit par lui transporter à Rome, répara le dégcàt dont l'ange déchu se montrait si fier, et s'en re- vint en son diocèse par la même voiture.

Antiochus, moine de Séba , qui vivait au com- mencement du septième siècle. Dans ses 190 ho- mélies, intitulées Pandectes des divines Ecritures, la 8/r3, De insomniis, roule sur les visions et les songes 1 .

Antipathie. Les astrologues prétendent que ce sentiment d'opposition qu'on ressent pour une personne ou pour une chose est produit par les astres. Ainsi deux personnes nées sous le même aspect auront un désir mutuel de se rapprocher, et s'aimeront sans savoir pourquoi ; de même que d'autres se haïront sans motif, parce qu'elles se- ront nées sous des conjonctions opposées. Mais comment expliqueront-ils les antipathies que les grands hommes ont eues pour les choses les plus communes? On en cite un grand nombre aux- quelles on ne peut rien comprendre. La Mothe- le-Vayer ne pouvait souffrir le son d'aucun in- strument, et goûtait le plus vif plaisir au bruit du tonnerre. César n'entendait pas le chant du coq sans frissonner. Le chancelier Bacon tombait en défaillance toutes les fois qu'il y avait une éclipse de lune. Marie de Médicis ne pouvait supporter la vue d'une rose, pas même en peinture, et elle aimait toutes les autres fleurs. Le cardinal Henri de Cardonne éprouvait la même aversion , et tom- bait en syncope lorsqu'il sentait l'odeur des roses. Le maréchal d'Albret se trouvait mal dans un re- pas où l'on servait un marcassin ou un cochon de lait. Henri III ne pouvait rester seul dans une chambre il y avait un chat. Le maréchal de Schomberg avait la même faiblesse. Ladislas , roi de Pologne , se troublait et prenait la fuite quand il voyait des pommes. Scaliger frémissait à l'as- pect du cresson. Érasme ne pouvait sentir le pois- son sans avoir la lièvre. Tycho-Brahé défaillait à la rencontre d'un lièvre ou d'un renard. Le duc d'Épernon s'évanouissait à la vue d'un levraut. Cardan ne pouvait souffrir les œufs; le poëte Arioste, les bains; le fils de Crasses, le pain; Jules César Scaliger, le son de la vielle.

On trouve souvent la cause de ces antipathies dans les premières sensations de l'enfance. Une

1 Voyez t. XII de la Bibliotheca Patrum, ed. Lu°;dun.

dame qui aimait beaucoup les tableaux et les gra- vures s'évanouissait lorsqu'elle en trouvait dans un livre; elle en dit la raison : étant encore pe- tite, son père l'aperçut un jour qui feuilletait les volumes de sa bibliothèque pour y chercher des images ; il les lui retira brusquement des mains, et lui dit d'un ton terrible qu'il y avait dans ces livres des diables qui l'étrangleraient si elle osait y toucher.... Ces menaces absurdes, ordinaires à certains parents, occasionnent toujours de fu- nestes effets qu'on ne peut souvent plus détruire.

Pline assure qu'il y a une telle antipathie entre le loup et le cheval, que si le cheval passe le loup a passé, il sent aux jambes un engourdis- sement qui l'empêche de marcher. Un cheval sent le tigre en Amérique, et refuse obstinément de traverser une forêt son odorat lui annonce la présence de l'ennemi. Les chiens sentent aussi très-bien les loups, avec lesquels ils ne sympa- thisent pas; et peut-être serions-nous sages de suivre jusqu'à un certain point, avec les gens que nous voyons la première fois, l'impression sympathique ou antipathique qu'ils nous font éprouver, car l'instinct existe aussi chez les hommes mêmes, qui le surmontent plus ou moins à propos par la raison.

Antipodes. L'existence des antipodes était regardée naturellement comme un conte, dans le temps l'on croyait que la terre était plate. Mais il n'est pas vrai, comme on l'a perfidement écrit, que le prêtre Virgile fut excommunié par le pape Zacharie pour avoir soutenu qu'il y avait des antipodes. Ce Virgile au contraire, à cause de sa science, fut comblé d'honneurs par le saint-siége et nommé à l'évêché de Salzbourg. D'ailleurs le pape Zacharie savait probablement qu'il y a des antipodes, puisque avant lui Ori- gène, le pape saint Clément et d'autres en avaient parlé. Saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Athanase et la plupart des Pères n'igno- raient pas la forme sphérique de la terre. On en a le témoignage dans le livre de la Création du monde, écrit par Jean Philoponos au septième siècle.

La plupart des hommes à qui l'éducation n'a pas étendu les bornes de l'esprit croient encore que la terre n'est qu'un grand plateau, et il se- rait difficile de leur persuader qu'on trouve au- dessous de nous des humains qui ont la tête en bas, et les pieds justement opposés aux nôtres *.

Les anciens mythologues citent, dans un autre sens, sous le nom d'Antipodes, des peuples fabu- leux de la Libye, à qui on attribuait huit doigts aux pieds, et les pieds tournés en arrière. On ajoute qu'avec cela ils couraient comme le vent.

Antithées. Les païens donnaient ce nom à des esprits grossiers, démons du dernier ordre, qui venaient souvent à la place des dieux évoqués par les magiciens et leur jouaient de vilains tours.

1 M. Salgues, Des erreurs et des préjugés, t II, p. 72.

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Antoine. Saint Antoine est célèbre par les tentations qu'il eut à subir de la part du diable. Ceux qui ont mis leur esprit à la torture pour donner à ces faits un côté plaisant n'ont pas tou- jours eu autant d'esprit qu'ils ont voulu en mon- trer. Ils n'égalent certainement pas le bon légen- daire, qui conte qu'Antoine, ayant dompté Satan, le contraignit à demeurer auprès de lui sous sa forme la plus convenable, qui était celle d'un cochon. Voy> Ardents.

Apantomancie, divination tirée des objets qui se présentent à l'improviste. Tels sont les présages que donne la rencontre d'un lièvre ou d'un aigle, etc.

Aparctiens, peuples fabuleux que d'anciens conteurs ont placés dans le Septentrion. Ils étaient transparents comme du cristal , et avaient les pieds étroits et tranchants comme des patins, ce ce qui les aidait merveilleusement à glisser sur leurs lacs gelés. Leur longue barbe ne leur pen- dait pas au menton, mais au bout du nez. Ils n'avaient point de langue, mais deux solides râ- teliers de dents, qu'ils frappaient musicalement l'un contre l'autre pour s'exprimer. Ils ne sor- taient que la nuit , et se reproduisaient par le moyen de la sueur, qui se congelait et formait un petit. Leur dieu était un ours blanc1.

Apis, ou mieux Hapi. C'est le bœuf que les Égyptiens adoraient. Il devait être noir et avoir une tache blanche carrée sur le front. Dès qu'il avait trôné vingt-cinq ans dans ses deux étables, qui étaient deux temples, on le noyait, et on lui cherchait un remplaçant. On croit que ce bœuf représentait Osiris.

Apocalypse. Dans cette clôture redoutable du saint livre qui commence par la Genèse, l'esprit de l'homme s'est souvent égaré. La manie de vouloir tout expliquer, quand nous sommes en- tourés de tant de mystères que nous ne pouvons comprendre ici-bas, a fourvoyé bien des esprits. Après avoir trouvé la bête à sept têtes et l'Anté- christ dans divers personnages, on est aussi peu avancé que le premier jour. Newton a échoué , comme les autres, dans l'interprétation de l'Apo- calypse. Ceux qui l'ont lue comme un poëme hermétique ont leur excuse dans leur folie. Pour nous, attendons que Dieu lève les voiles.

11 y a eu plusieurs Apocalypses supposées, de saint Pierre, de saint Paul , de saint Thomas , de saint Étienne, d'Esdras, de Moïse, d'Éïie, d'Abra- ham, de Marie, femme de Noé, d'Adam même. Por- phyre a cité encore une Apocalypse de Zoroastre.

Apollinaire , plante ainsi nommée chez les païens parce qu'elle était consacrée à Apollon. Les chrétiens lui ont conservé ce nom à cause du grand saint qui l'a porté.

Apollonie de Leuttershausen. Cette femme vivait au temps s'établit la réforme. Elle ha- bitait avec son mari, Hans Geisselbrecht, le mar- 1 Supplément à l'Histoire véritable de Lucien.

graviat de Brandebourg. Son histoire a été pu- bliée par Sixte Agricola et Georges Witmer (Ingolstadt, 1584). Gorres l'a résumée dans le quatrième volume de sa Mystique. Nous l'em- pruntons à ce grand ouvrage. Hans Geissel- brecht était un chenapan qui passait sa vie à boire, à jurer et à maltraiter sa femme. Un ma- tin, les voisines reprochèrent à la pauvre Apol- lonie le vacarme qui s'était fait toute la nuit chez elle. Furieuse de subir des reproches après tout ce qu'elle endurait de son mari, elle s'écria : Si le bon Dieu ne veut pas me délivrer de cet homme violent, eh bien , que le diable vienne à mon aide. Le soir, lorsque le bétail fut ren- tré, elle s'en alla traire ses vaches. Alors elle vit voler autour de sa tête deux oiseaux qui sem- blaient des corbeaux , quoique à cette époque il n'y en eût plus dans le pays. Puis un homme de haute taille parut à ses côtés et lui dit : Ah ! ma pauvre femme, j'ai bien pitié de vous et de votre triste sort, avec un affreux mari qui dévo- rera tout ce que vous possédez. Si vous voulez être à moi , je vais vous conduire à l'instant en un lieu charmant vous pourrez boire, man- ger, chanter, danser à votre aise, et mener une vie comme vous n'en avez jamais mené jusqu'ici, car le ciel n'est pas tel que vous le représen- tent vos prêtres; je vous ferai voir bien autre chose. Apollonie, sans plus réfléchir, donna sa main à l'inconnu en disant qu'elle voulait bien être à lui. Aussitôt elle fut possédée. Les voisins, un instant après, accoururent à ses cris, car elle venait de se jeter dans un égout situé près de son étable , et elle pouvait s'y noyer. Comme on la remportait dans sa maison, elle s'écriait : Laissez-moi Tne voyez-vous pas la vie délicieuse que je mène; je ne fais que boire, manger, chanter et danser1... Il paraît que les exorcismes la guérirent, et nous n'avons pas la suite de son histoire.

Apollonius de Tyane, philosophe pythago- ricien, né à Tyane en Cappadoce, peu de temps après Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'était un de ces aventuriers qui s'occupaient de théur- gie , et qui cherchaient auprès des magiciens et des jongleurs, si nombreux chez les païens, ces secrets mystérieux au moyen desquels ils éton- naient la foule. Il était oublié lorsque l'impéra- trice Julie, femme de Septime Sévère, princesse de mœurs dissolues, et par conséquent ennemie de l'Évangile, pria Philostrate, autre ennemi des chrétiens, de faire d'Apollonius un héros que l'on pût opposer au Christ. Avec des matériaux re- cueillis plus d'un siècle après la mort de cet homme, dont on ne se souvenait plus, il composa un récit que Lactance compare à Y Ane d'or d'A- pulée. Apollonius de Tyane était un magicien

1 La mystique divine, naturelle et diabolique, par Gorres, traduit de l'allemand par M. Charles Sainte-Foi.

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comme Faust, et, comme lui, on Fa entouré de merveilles souvent imaginaires. Sa vie, qui n'est ainsi qu'un roman , a été traduite en français par Vigenère, un volume in-4oi.

Eusèbe ne parle d'Apollonius de Tyane que comme d'un escamoteur. Leloyer dit que ce fut Simon le magicien qui lui enseigna la magie noire , et Ainmien Marcellin le met au nombre des hommes qui ont été assistés d'un démon fa- milier, comme Socrate, Numa et une foule d'au- tres. On sait peu de choses surjla fin d'Apollonius.

Hiéroclès, qui, d'après les récits de Philostrate, voulait faire sa cour à Domitien en vantant ce faiseur de tours de passe-passe , eut le front de dire qu'il avait été enlevé au ciel, tandis que de plus avisés ont écrit qu'il avait été emporté par le diable dans un âge avancé.

Et il n'est pas le seul qui ait eu cette chance , quoique le vulgaire des philosophes n'y voie que du feu. On a dit aussi que, si Aurélien, qui ve- nait de prendre Tyane en Cappadoce, et qui avait juré de la détruire , l'épargna cependant , c'est que

le spectre d'Apollonius lui avait apparu et avait intercédé pour sa ville. Le croira qui voudra.

11 y a eu des gens qui ont trouvé Apollonius vivant au douzième siècle. Voy. Artephius.

Apomazar. Des significations et événements des songes, selon la doctrine des Indiens , Perses et Égyptiens, par Apomazar. Vol. in-8°; Paris, 1580. Fatras oublié, mais rare.

Apone. Voy. Pierre d'Apone.

1 Voyez l'abrégé de cette vie dans les Légendes infernales.

pparitions. On ne peut pas tres- bien préciser ce que c'est qu'une ap- parition. Dom Calmet dit que si l'on voit quelqu'un en songe, c'est une apparition. « Souvent, ajoute-t-il, il n'y a que l'imagination de frappée ; ce n'en est pas moins quelquefois un fait surnaturel quand il a des relations. »

Dans la rigueur du terme , une apparition est la présence subite d'une personne ou d'un objet contre les lois de la nature : par exemple , l'ap- parition d'un mort, d'un ange, d'un démon, etc.

Ceux qui nient absolument les apparitions sont téméraires. Spinoza, malgré son matérialisme, reconnaissait qu'il ne pouvait nier les appari- tions ni les miracles.

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On ne raisonne pas mieux lorsqu'on dit qu'une femme et mourut subitement. On fut irès-em- chose qui est arrivée autrefois devrait arriver en- barrasse quand le maître du dépôt vint le récla- core. Il y a bien des choses qui ont eu lieu jadis mer. Saint Macaire pria, dit la légende, et le et qui ne se renouvellent pas, dans le système défunt apparut à sa femme, à qui il déclara que même des matérialistes, comme il y a bien des ' l'argent redemandé était enterré au pied de son choses qui ont lieu aujourd'hui et que jadis on Ht, ce qui fut trouvé vrai. Ces sortes d'appari- n'a pas soupçonnées. tions ne peuvent pas être repoussées , parce

Nous devons admettre et croire les apparitions | qu'elles ont devant Dieu un motif raisonnable, rapportées dans les saintes Écritures. .Nous ne Mais Dieu ne permet jamais les apparitions ridi- sommes pas tenus à la même foi dans les simples cules, qui ne sont généralement que mauvaises histoires; et il y a des apparitions qui. réelles ou farces. Ce sont les apparitions des morts chez les intellectuelles, sont fort surprenantes. On lit ' anciens qui ont donné naissance à la nécroman- dans la vie de saint Macaire qu'un homme ayant ; cie. Voy. Nécromancie.

reçu un dépôt le cacha sans en rien dire à sa ; Nous ne songerons à nous occuper ici que des

apparitions illusoires ou douteuses, et le nombre en est immense. Nous suivrons un moment les écrivains qui ne doutent de rien, et qui. dans leurs excès mêmes, sont encore moins stupides et moins à quatre pattes que ceux qui doutent de tout. Quelquefois, disent-ils, les apparitions ne sont que vocales : c'est une voix qui appelle. Mais dans les bonnes apparitions l'esprit se montre. Quand les esprits se font voir à un homme seul, ajoutent les cabalistes, ils ne pré- sagent rien de bon : quand ils apparaissent à deux- personnes à la fois , rien de mauvais ; ils ne se montrent guère à trois personnes ensemble.

Il y a des apparitions imaginaires causées par les remords: des meurtriers se sont crus harcelés ou poursuivis par leurs victimes. Une femme,

en 1726. accusée, à Londres, d'être complice du meurtre de son mari, niait le fait; on lui pré- sente l'habit du mort, qu'on secoue devant elle; son imagination épouvantée lui fait voir son mari môme : elle se jette à ses pieds et déclare qu'elle voit son mari. Mais on trouvera des choses plus inexplicables.

Les apparitions du diable, qui a si peu besoin de se montrer pour nous séduire , faibles que nous sommes, ont donné lieu à une multitude de récits merveilleux. Des sorciers brûlés à Paris ont dit en justice que. quand le diable veut se faire un corps aérien pour se montrer aux hom- mes, « il faut que le vent soit favorable et que la lune soit pleine ». Lt lorsqu'il apparaît, c'est , toujours avec quelque défaut nécessaire, ou trop

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noir, ou trop pâle, ou trop rouge, ou trop grand, ou trop petit, ou le pied fourchu, ou les mains, en griffes , ou la queue au derrière et les cornes en tête, etc., à moins qu'il ne prenne une forme bizarre. Il parlait à Simon le Magicien, et à d'autres, sous la figure d'un chien ; à Pythagore, sous celle d'un fleuve; à Apollonius, sous celle d'un orme , etc.

Excepté les démons de midi , les démons et les spectres apparaissent la nuit plutôt que le jour, et la nuit du vendredi au samedi de préférence à toute autre, comme le déclare Jean Bodin, d'a- près un grand nombre de témoignages.

Les apparitions des esprits, dit Jamblique, sont analogues'à leur essence. L'aspect des habitants des cieux est consolant, celui des archanges ter- rible, celui des anges moins sévère, celui des démons épouvantable. Il est assez difficile, ajoute-t-il , de se reconnaître dans les apparitions des spectres , car il y en a de mille sortes. Delancre donne pourtant les'moyens de ne point s'y tromper. « On peut distinguer les âmes des démons, dit-il. Ordinairement les âmes apparais- sent en hommes portant barbe, en vieillards, en enfants ou en femmes, bien que ce soit en habit et en contenance funeste. Or les démons peuvent se montrer ainsi. Mais, ou c'est l'âme d'une per- sonne bienheureuse, ou c'est l'âme d'un damné. Si c'est l'âme d'un bienheureux, et qu'elle re- vienne souvent, il faut tenir pour certain que c'est un démon , qui , ayant manqué son coup de surprise, revient plusieurs fois pour le tenter encore. Car une âme ne revient plus quand elle est satisfaite , si ce n'est par aventure une seule fois pour dire merci. Si c'est une âme qui se dise l'âme d'un damné, il faut croire encore que c'est un démon , vu qu'à grand'peine laisse-t-on jamais sortir l'âme des damnés. » Voilà les moyens de se reconnaître que Pierre Delancre donne comme aisés1.

Il dit un peu plus loin que le spectre qui ap- paraît sous- une peau de chien ou sous toute autre forme laide est un démon ; mais le diable est si malin , qu'il vient aussi sous des traits qui le font prendre pour un ange. Il faut donc se défier. Voyez pour les anecdotes : Visions , Spectres ; Fantômes, Hallucinations, Esprits, Lutins, Vampires, Revenants, Songes, Armées prodi- gieuses, etc.

Voici, sur les apparitions, un petit fait qui a eu lieu à la Rochelle, et que les journaux rap- portaient en avril 18/i3 :